CHAPITRE IX
prononcer que le barbare existait en effet, mais non pas sous la cuirasse du Germain,
En réalité, loin de détruire la civilisation, Thomme du Nord a sauvé le peu qui en survivait; et ce fut pour préserver la société civile et religieuse d'une ruine totale que Dieu donna au monde ancien des « nations de tuteurs » . L'origine de ces groupes élus va nous occuper tout d'abord, avant que nous les contemplions à l'œuvre dans la régénération temporaire de la Romanité.
A côté des Aryas proprement dits, des Iraniens et des Hellènes, on distingue dans la patrie primitive de la race pure un quatrième groupe de nations apparentées aux précédentes, et dont les noms se retrouvent dans les anciens monuments chinois et hindous. Les Rhou-te chinois ou Khetas védiques furent les ancêtres des Gètes et plus tard des Goths. Les Szou ou Sakas, avant de baptiser la Scandinavie, engendrèrent les Scythes, que Gobineau a cru d'abord jaunes, sur la foi de Ritter et de Humboldt, mais qu'il préfère reconnattre pour arians après avoir bien examiné le problème ; nous le verrons tirer un parti surprenant de ces peuplades dans V Histoire des Perses. Enfin, auprès des Gètes et des Scythes, on aperçoit dans les sources grecques les Sarmates, nés d'une alliance entre les Sakas ou Scythes, et les Amazones, mot qui signifie mère des Ases ou des Arians. Ces Sarmates, qui « ressemblaient assez bien déjà aux paladins du moyen âge germanique, dont ils étaient les lointains ancêtres» , habitèrent quelque temps la région du Caucase, dont ils régénérèrent les tribus, laissant chez les Circassiens la trace impérissable de leur passage; car le nom de caucasique, proposé d'abord par la science moderne pour toute la famille européenne, a son origine dans l'admiration universellement suscitée par le beau type blanc de ces montagnards. Puis, poursuivant leur route, sous le nom d'Alains ou de Roxolans, ces émigrants fondèrent au huitième siècle avant notre ère, dans la Russie centrale, « un État stable et régulier, dont la mémoire, dont les dernières splendeurs projettent encore à travers l'obscurité des temps un éclat vif et glorieux sur l'aurore des nations Scandinaves. » Il s'agit du
Gardarike, dont la capitale se nomma Asgard, la ville des Âses ou des Ârians. « G^était probablement un grand village orné de palais à la façon des anciennes résidences des premiers conquérants de Tlnde et de la Bactriane. Dans cette royale cité, les pères des dieux, les dieux eux-mêmes exerçaient avec grandeur la plénitude de leur puissance souveraine, rendant la justice, décidant la paix ou la guerre, traitant avec une hospitalité splendide et leurs guerriers et leurs hôtes.» Tous traits un peu vagues, on en conviendra, et justifiant mal l'admiration passionnée que professe Gobineau pour le premier empire arian germain, perdu dans son brouillard de légende. 11 en est ainsi chaque fois que le comte prône la race élue. Mais dans le cas particulier d'Âsgard cette admiration s^appuie tout à la fois sur des motifs théoriques que nous pressentons assez, et sur des raisons personnelles que nous apprendrons à connaître; il importait donc d*en noter avec soin la première et naïve expression.
Ce n'est pas qu'un aveu inquiétant ne se glisse déjà sous les fleurs de ces louanges hyperboliques : des « alliances ethniques » furent dès lors contractées, et elles étaient « inévi*» tables » (1). Mais, tout à Tivresse de la contemplation esthétique qui nous est proposée, nous aurions tort de nous appesantir pour le moment sur ce détail. Au quatrième siècle avant Jésus-Christ ce merveilleux ro3pume fut renversé, malgré le courage et Ténei^e de ses fondateurs, probablement par les Scythes, leurs cousins. Les nobles nations roxolanes remontèrent donc dans leurs lourds chariots d'émigrants et se dirigèrent vers le nord-ouest, seule voie ouverte sans trop de difficultés à leur passage, car elles nV rencontraient pas d'autres Arians capables de les arrêter en chemin. Parvenues à un certain point de la route, elles se divisèrent en deux groupes : Tun s'établit dans la Poméranie et la Suède méridionale, pour y reprendre le nom antique de Khetas ou de Goths. L'autre se rendit par terre en Xorvège et y reprit la dénomination de Sakas, baptisant ainsi la Scandinavie. Pour
,1) T. IL p. »t.