CHAPITRE IX
de grandes causes de régénération, dans les profondeurs tombaient de nouveaux éléments ethniques d'abaissement et de ruine que t avenir allait avoir beau jeu à développer ». Pour parler plus clairement, le « chaos des peuples » réduit en servage, mais non détruit par les conquérants, préparait les revanches contemporaines de la Romanité. Retenons ce jugement, qui résume toute la philosophie aryaniste de Thistoire moderne.
11 importe à présent de pénétrer dans Tintimité morale des peuples germains afin de mieux comprendre leur rôle au sein de la société européenne. C'est, de plus, un beau chapitre que nous avons à parcourir, et Tune des réussites de la plume de Gobineau. Soutenu par son enthousiasme sincère, il nous a donné de ceux qu'il regarde comme ses ancêtres une image non exempte sans doute de prévention et d'excès, mais dont les proportions outrées ont du moins le mérite de graver mieux dans la mémoire des traits véritablement empruntés à la réalité. Par exemple, l'individualisme germanique est loin d'être une découverte de sa perspicacité : il donne en revanche un relief singulier* à son expression. Dans le monde barbare, dit-il, l'homme est tout et la nation peu de chose : on y aperçoit l'individu avant de voir la masse associée. Circonstance fondamentale, qui excitera d'autant plus d'intérêt qu'on prendra soin de la comparer avec le spectacle offert par les agrégations de métis sémitiques, helléniques, romains, celtes, slaves. Chez ceux-là, l'on ne voit guère que les multitudes : l'homme ne compte pour rien, et il s'efface d'autant plus que, le mélange ethnique auquel il appartient étant plus compliqué, la confusion y est devenue plus considérable. L'Arian germain, cette • créature puissante » , attire d'abord l'examen sur lui-même avant de permettre de le porter sur le milieu qui l'entoure. Voyez à quel point ses. idées religieuses reflètent l'indépendance de son caractère. Pour lui la nature est éternelle, la matière infinie : les dieux n'ont que des fonctions d'organisateurs ici-bas. Nés après la matière vivante et intelligente, ils devront mourir un jour, ce qui les rapproche des humains et encourage les plus braves d'entre ces derniers à se dire les descendants
des dieux. Les Germains pourtant rejettent un anthropomorphisme trop précis : ils aiment à se 6gurer les êtres célestes « planant à demi cachés au sein des nuages rougis par leslueurs du couchant » , ou révélant leur présence dans le bruit mystérieux des forêts. Ils ignorent, en conséquence, Tadoration des images, et si les Lombards honorent un serpent d'or, les Saxons quelque chimère composite, c'est, nous assure leur avocat empressé, a qu'ils vénèrent une émanation de la nature des dieux dans certains objets précieux pour eux. « Qui donc oserait encore les accuser d'idolâtrie après une explication si satisfaisante? En général, tout ce qui est bas et grossier dans le Panthéon et dans le culte Scandinave vient des Celtes et des Finnois. Tels les sorciers et les devins, qui firent peu à peu dévier le culte de sa pureté primitive ; tel l'usage des sacrifices humains. Encore cette dernière pratique ne fut-elle chez les Germains qu'une mesure de défense sociale, les arrêts delà justice criminelle étant de la sorte exécutés par les prêtres. Nous avons déjà dit que Gobineau fera plus tard amende honorable sur ce point, et qu'après avoir rejeté avec horreur dans VEssai la possibilité de telles abominations parmi les. Ârians purs, il l'avouera sans ambages dans YHistoire des Perses,
On s'est demandé, avec plus ou moins de raison, poursuit-il,. si les nations sémitiques avaient eu à l'origine une idée bien nette de l'autre vie? Pour les Ârians, cela n'est pas douteux;, la mort ne fut jamais à leurs yeux qu'un passage étroit à la vérité, mais insignifiant, ouvert sur un autre monde. Quant au sort qui attend l'homme dans l'au-delà, nous retrouvons encore chez les Germains cette notion si ariane : la défiance des mérites purement personnels et la propension à fonder la morale sur l'ontologie, qui nous ont été signalées chez les Âryas hindous avant le bouddhisme. « L'homme de noble race, le véritable Ârian arrivait par la seule puissance de son origine à tous les honneurs du Walhalla, tandis que \e% pauvres^ les captifs, les esclaves, en un mot les métîs, et les êtres d'une naissance inférieure tombaient indistinctement dans les ténèbres glaciales du Nifiheimz. » Les destinées de l'autre vie