‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 57 sur 230 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

n'étaient donc pas le moins du monde déterminées par les mérites de la vertu ou le châtiment qu'aurait dû recevoir le vice. Toutefois, et cette réserve aurait été applaudie par Técole du matérialisme historique, une telle doctrine ne fut évidemment de mise que pendant les époques où toute gloire, toute puissance, toute richesse se trouvèrent concentrées entre les mains des Arians, où nul Arian ne fut pauvre, en même temps que nul métis ne fut riche. Par la suite, on accepta des opinions plus conformes à la distribution contemporaine des qualités morales dans les individus.

Non moins intéressante que la religion, non moins riche en révélations psychologiques et en conséquences d'avenir était la constitution de la propriété chez les Germains. On y distingue deux modes principaux qui, répondant à des besoins divers, portèrent chacun des fruits caractéristiques de leur origine. Le plus ancien incontestablement est celui dont Tidée constitutive avait été apportée de la Haute Asie : c'était Todel (1), « qui implique les idées de noblesse et de possession si intimement combinées que Ton est fort embarrassé de découvrir si l'homme était propriétaire parce qu'il était noble, ou inversement, n En effet, au début, l'Arian étant seul un homme au sens propre du mot, on ne voyait de propriété régulière et légale qu'entre ses mains, et, d'autre part, on n'imaginait pas d'Arian privé de cet avantage. Le domaine, ainsi constitué en odel, appartenait sans restriction aucune à son maître : il formait une véritable souveraineté où la nue propriété, l'usufruit et le haut domaine se confondaient absolument. Le sacerdoce en était inséparable, et inséparable aussi la juridiction à tous ses degrés, au civil comme au criminel. En d'autres termes, et cette conviction transparaîtra souvent chez Gobineau, dans une telle organisation sociale, le chef de famille est roi au sens absolu du mot. « Femmes, enfants, serviteurs, esclaves, ne reconnaissaient que lui, ne vivaient que par lui, ne rendaient compte qu'à lui seul, qui nen rendait à personne, »

(i) Telle est l'orthographe de Gobioeau : OEdel serait plus eiact .

La nation est donc une fédération de rois ; c'est ce dernier titre que se donneront les pirates normands embarqués avec les seules forces de leur odel : ils seront les rois de la mer. Et, quand l'organisation féodale dont nous allons parler aura déânitivement triomphé au moyen âge, les alleux, anciens odels, sembleront si bien des souverainetés que telle sera Tongine de la légendaire et symbolique royauté d'Yvetot. Les rapports de pareils potentats avec leur tribu se réduisaient, comme on le conçoit, à peu de chose. Un magistrat élu sous le nom de drottinn ou grajf^ mais choisi d'ordinaire dans les races les plus anciennes, dont la généalogie remontait aux dieux, exerçait une autorité des plus précaires, analogue à celle viç'patî des Âryas; et chaque guerrier possesseur d'odel n'était guère mieux lié à son voisin d'une même nation « que ne le sont entre eux les différents États formant un gouvernement fédératif » .

Le défaut d'une telle constitution est bien aperçu dès lors par son apologiste : c'est sa faiblesse défensive; elle exalte l'héroïsme individuel, mais les forces humaines ont des limites, et les descendants des dieux succombent eux-mêmes devant le nombre et la discipline d'adversaires chez qui l'union fait la force. Pour laisser régner en paix cette brillante poussière de héros, il fallait des populations esclaves numériquement faibles, ou encore m complètement subjuguées par la conscience de leur infériorité », état d'esprit que notre auteur aime à imaginer, du moins au début, chez les races inférieures, promptes à accueillir comme des dieux leurs conquérants de souche plus noble, mais qu'il sait aussi peu durable, ne seraitce que par la conséquence des mélanges, relevant rapidement le niveau des vaincus.

C'est pourquoi, dans l'état de guerre ou de conquête, il fallait trouver d'autres cadres sociaux, et l'Ârian avait trop de bon sens pratique pour ne pas résoudre le problème en conciliant la puissance de l'association avec les idées d'indépendance personnelle, qui, avant toutes choses, lui tenaient à cœur. De là naquit, à côté de l'odel, le fcod, père de l'organisation féodale. Ici, Gobineau, un peu embarrassé pour expliquer

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