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CHAPITRE IX III

0*e8t pourquoi la monarchie mililaire, qui est la monarchie moderne, issue des chefs de guerre germaniques, s'établit très difficilement dans les pays Scandinaves, où les jarls, descendants des dieux, croissaient en considération à mesure que diminuait la race pure, exposée surtout au hasard des batailles. Dans les riks, au contraire, le jarl se vit rapidement abaissé sous le faix de la royauté grandissante et bientôt a tomba à rien» . Bien plus, les odels en ces régions furent des domaines fictifs, constitués suivant Tancienne forme, mais dépendant de la volonté du souverain.

En présence de cette répugnance instinctive devant l'organisation féodale, qui lui semble le premier pas de TÂrian sur la voie des concessions à la vie communautaire, il est temps de souligner un des traits saillants du caractère de Gobineau. Sur son compte, ou débute presque nécessairement par une erreur; son attitude dédaigneuse vis-à-vis de son temps, sa i

partialité pour les castes, sa prédilection pour les termes signi- i

ficatifs de « mésalliance », de « parvenus » , d' a exclusivisme j

chapitrai » , éveillent Tidée d'un talon rouge impénitent, d'un '

contemporain intellectuel de l'émigration. En fait, il est tout autre chose, et serait rangé parmi les républicains extrêmes plus congrûment que parmi les chevau-légers de l'ancien régime. Réactionnaire assurément, il retarde de trois mille ans, et non pas de cent, ou même de cinq cents, car il n'est féodal que par résignation. Son idéal, c'est l'individualisme extrême, les droits souverains du possesseur d'odel dans le Gardarike. Ajoutons que ce point de vue fait son originalité relative et parfois son attrait réel. De semblables préférences sont en e£Fet si peu pratiques, elles touchent de façon si lointaine les questions à l'ordre du jour, qu'elles n'apparaissent nullement inquiétantes au premier abord pour notre organisation sociale présente ou pour quelque opinion politique que ce soit. Leur intérêt demeure tout philosophique. On a devant soi un fantaisiste intrépide, un utopiste amusant dont les vues excessives ne manquent ni de piquant dans la critique, ni de force dans le précepte moral. Pourquoi ne pas le dire, on trouve dans sa fréquentation quelque chose du plaisir que les hommes du

lis LE COMTE DE GOBINEAU

dix-huitième siècle éprouvaient à vivre en imagination près des bons sauvages décrits par les missionnaires, désireux d'édifier, ou par les voyageurs soucieux d^étonper leur auditoire. Oui, Tenthousiasme de Gobineau pour les charmes de Todel nous transporte de façon assez imprévue dans cette atmosphère philosophique des lecteurs de VEmile contre laquelle il semble en réaction tout d'abord, mais où nous avons montré déjà singulièrement à Taise son instinctive défiance contre la civilisation, née du mélange des races. Et c'est ici le lieu de le rapprocher, en quelques traits sommaires, d'un précurseur plus illustre que lui-même, dont il évoque invinciblement la mémoire; il n'est guère autre chose, en effet, qu'un Rousseau aristocrate, qui raisonne pour un groupe restreint, la race blanche, comme le philosophe de Genève argumente pour rhumanité en général. L'auteur du discours sur les sciences et les arts, ce véritable père du romantisme, n'a-t-il pas débuté, lui aussi, en prônant les Scythes, les premiers Perses, les Germains de Tacite ; en condamnant la corruption athénienne, la décadence romaine, la renaissance perfide du seizième siècle. Au total, l'horreur du mélange ressemble étrangement à l'exécration de la société. Les conséquences de ces périlleuses nouveautés sont exactement les mêmes aux regards de nos deux utopistes : d'une part la vie sociale, de l'autre la mésalliance, sont rendues responsables de la naissance des sciences et des arts perfides. Aucun d'entre eux, il est vrai, n'ose proscrire entièrement l'ingrédient dangereux qui l'inquiète; par une flagrante contradiction, il faut un peu de société à Rousseau comme un peu de mélange à Gobineau. Mais à dose homéopathique pour Dieu; sinon voici l'Arian qui dégénère dans VEssai sur Finégalité des races^ aussi bien que l'homme bon et heureux de la forêt primordiale dans le Discours sur Forigine de rinégalité parmi les hommes. Enfin mélange et société ont encore ce point commun de ne révéler leur action délétère que par l'usage et par l'expérience, c'est-à-dire quand il est trop tard pour en arrêter les ravages. Si Gobineau aperçoit plutôt comme mélange le phénomène que son précurseur appelle association pure, c'est que, disciple de Boulainvilliers,

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