CHAPITRE IX
la folie (ce qui est un peu mélanien), entre-choqualent leurs armes pour mieux célébrer leur allégresse : ce sont là des a délassements de lions » . Ce banquet, assez peu platonicien, est pourtant présidé de la façon la plus aimable par Tépouse germanique, dont la situation privilégiée forme un trait propre à la chevalerie ariane. Modèle de grâce imposante et de majesté, noble créature, a charmante femme » même, telle apparaît dans VEssai celle que Renan nommait vers la même époque une « furie Scandinave « en songeant à Gudruna et à Ghrimhilde. Elle se retire après le repas proprement dit et avant le commencement de Torgie, comme c'est encore Tusage en Angleterre, ce pays qui a le mieux conservé les débris des usages germaniques.
Et un détail amusant nous permet ici de souligner la partialité trop évidente de notre auteur, captivé par les charmes du spectacle qui se déroule devant sa vive imagination. Il nous a parlé ailleurs avec dégoût des prophétesses celtiques, telles que la Yelléda druidique. Leurs a manifestations populacières » lui semblaient un héritage évident de la race jaune, car les hordes mongoliques, tout en «repoussant leurs femmes et leurs filles dans un profond état d'abjection et de servilité, les emploient volontiers aujourd'hui encore aux œuvres magiques » . L'extrême irritabilité nerveuse de ces créatures les rend propres à cet usage. « Elles sont en e£Fet, des trois races qui composent l'humanité, les femmes les plus soumises aux influences et aux maladies hystériques (1). » Or, après que nous avons pris notre parti de cette appréciation sévère, quelle n^est pas notre stupéfaction à constater que la « charmante femme n de tout à l'heure n'en est pas moins à l'occasion une a sibylle de famille « qui rend « dans le séjour particulièrement intime de la chambre nuptiale » des oracles écoutés du mari, en qui on « admet l'esprit divinatoire». L'auteur semble avoir entièrement oublié ses précédents dégoûts. C'est là ce qui s'appelle avoir deux poids et deux mesures; mais, parvenus en ce point de notre étude, nous estimons que
(i) T. II, p. 176.
116 LE GOMTB DE GOBIKEAU
nul de nos lecteurs ne s^en étonnera plus que nous-méme.
Gel intéressant chapitre se termine par un fort habile paragraphe sur le rôle de TÉglise vis-à-vis de la religion et de la civilisation germaniques. Gobineau, placé entre deux puissances dont il entend ménager Tune et dont il veut exalter Tautre, fait des prodiges de conciliation, révèle des trésors de larges sympathies. Sans doute, des a nécessités d'un ordre supérieur » contraignirent d'abord le clergé à se montrer hostile à Todinisme; mais, la victoire étant restée à la bonne cause, nul ne s'occupa mieux que l'Église à sauver les précieux débris du passé païen, a Avec cette tendre considération qu'elle a toujours montrée pour leis œuvres de l'intelligence, même les plus opposées à ses sentiments, noble générosité dont on ne lui sait pas assez de gré, elle fit pour les livres germaniques exactement ce qu'elle faisait pour les livres profanes des Grecs, ou des Romains, n elle arracha ces trésors à l'oubli.
Non moins magnanime vis-à-vis des femmes barbares, qui^ assure Gobineau, se montrèrent particulièrement attachées aux antiques superstitions et opposées aux nouveautés chrétiennes, l'Église sut jouer un rôle de modération et d'indulgence, tt Le christianisme, qui, fidèle à son désintéressement de toutes formes et de toutes combinaisons temporelles, avait su ennoblir cette situation en y faisant entrer l'esprit de sacrifice ; le christianisme, qui avait appris à sainte Monique à se faire de l'obéissance conjugale un échelon de plus vers le ciel, était loin de répugner aux notions nouvelles et évidemment beau^ coup plus pures que les Arians germains introduisaient dans son sein... Il ne perdit rien de sa bienveillance pour des conceptions très nobles : en les épurant, il s'y prêta et ne contribua pas peu à les conserver dans les générations successives où désormais les mélanges ethniques tendent à les faire disparaître, surtout chez les peuples du midi de l'Europe. »
Nous voici donc amenés sur le terrain de la fusion entre les notions romaines, chrétiennes et barbares sous les murs de la Rome germanique. A partir de l'an 250, tout est germain dans l'Empire. L'invasion des barbares, qu'on s'imagine trop facilement violente et dévastatrice, avait été et allait être de plus