‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 65 sur 230 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

rer les sentiments de son âge mûr et les thèses de ses successeurs en aryanisme.

Il faut nous rappeler tout d'abord la loi générale dont nous avons rencontré déjà de frappantes applications. Toute société se fonde sur trois classes primitives, représentant chacune une variété ethnique : la noblesse, image plus ou moins ressemblante de la nation conquérante; la bourgeoisie, composée de méils qui présentent quelques-unes des qualités de la race dominante; le peuple, esclave ou, du moins, fort déprimé, en tant qu'issu d'une variété humaine inférieure, nègre dans le sud, finnoise dans le nord. Ces « notions radicales » se sont brouillées de bonne heure dans les intelligences européennes, mais l'esprit de sagesse qui avait fait d'elles la base de l'organisation sociale existante demeura vivant. Il l'est encore; il ne s'est jamais donné de démenti à lui-même, et il se montre aujourd'hui aussi sévèrement logique que jamais, là du moins où il a encore sa raison d'être.

Par contre, là où les supériorités ethniques disparaissent par le mélange, la société nouvelle ne tolère pas longtemps [existence des institutions faite pour l'ancienne et qui lui survivent. Cette phrase ne pourrait-elle résumer toute la première partie des Origines de la France contemporaine? On n'admet pas de façon durable la fiction en politique : après avoir abrogé le nom distinctif des vaincus, on met à néant l'aristocratie et, par contre-coup l'esclavage. Abaisser les sommets, exhausser les fonds, voilà l'œuvre des siècles dans l'humanité comme dans la nature. Aujourd'hui, Page de tégalité est revenu pour la plus grande partie des populations de l'Europe. Formule significative et énergique. Et nous allons constater avec surprise qu'aux yeux de ce légitimiste et de ce catholique d'éducation le trône et l'autel portent en grande partie la responsabilité de la rapide évolution ethnique qui se révèle dans le spectacle de TEuropc moderne.

Avouons pourtant que le jugement de Gobineau sur l'institution royale, dont il paraît condamner souvent les résultats, est assez difficile à dégager nettement. Si son idéal s'incarne dans la république égalitairc des Arians primitifs, il reconnaît

néanmoins qu^après la conquête du monde par la race blanche le sens de Tordre, qui est propre à ce sang, devait Tamener à faire aboutir Texercice du droit de suffrage à la fondation d'une monarchie régulière, appuyée sur le principe d'hérédité^ mais équilibrée par une grande liberté individuelle. Le sceptre, donné en principe à Télection, trouva, m par le respect dont on entourait les grands lignages, une forte cause de se perpétuer dans quelques descendances, » sans qu'il y eût pourtant tout d'abord rien d'absolu dans cette règle : l'absolu en ce sens étant nègre ou chananéen. Livré à lui-même, l'Arian n'a jamais admis que « les vénérables distinctions de la naissance constituassent un droit exclusif au gouvernement des citoyens » . Ainsi nulle trace de droit divin dans cette conception, car on pourrait dire que chez Gobineau, comme chez Rousseau, le droit divin n'appartient qu'à la race pure dans son ensemble et dans chacun de ses membres. Son idéal est la monarchie déléguée, constitutionnelle, à l'anglaise en un mot : maintenue avec soin dans une même famille, mais non pas assurée à une individualité déterminée, comme on l'a vu dans les révolutions modernes de la Grande-Bretagne. Si la royauté est acceptable quand elle est conçue de la sorte, les mélanges empêchèrent qu'elle ne fût adoptée sous cette forme par toute l'Europe et que ces règles prudentes ne dirigeassent les destinées du continent. Là, la monarchie joua le plus souvent un rôle néfaste. Car, dans leurs riks nouvellement subjugués, les konungs d'origine pure se souillèrent et » comprirent la Romanité » . Ils n'aperçurent que trop bien les avantages de l'autocratie sémitique. L'incertitude de leur autorité germaine, précaire, difficile et fatigante à maintenir, par la nécessité constante de flatter l'opinion et de la persuader avec peine, les amena bien vite à préférer leur magistrature romaine, si commode, leur préparant de si dociles esclaves, grâce à la théorie mélanienne de l'autocratie et au devoir de conscience qui s'imposait à tout bon citoyen d'obéir à la loi émanée du pouvoir régulier.

Les rois sont donc les premiers coupables! toutefois la monarchie n'est peut-être pas seule responsable de l'abaisse*-

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