‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 66 sur 230 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ment des grands lignages, et, parvenu en ce point, Gobineau ne peut s'empêcher de faire une courte allusion aux conséquences de ridée chrétienne quant à la fusion des racés et des rangs (1). Sujet brûlant qu'il évite avec soin d'ordinaire, mais qu'il aborde ici pour constater que la dignité épiscopale, si éminente et qui fut bientôt recherchée par les conquérants germains, se donnait par l'élection même à des serfs. Ceux-ci « s'en trouvèrent fort relevés » . Et, d'autre part, les évéques, gallo-romains par le sang le plus souvent, plaidèrent auprès des souverains de sang germanique la cause des municipalités urbaines de leur ville métropolitaine. Par là, ces sénats de riches marchands devinrent infiniment plus importants qu'ils ne l'avaient jamais été ; et comme, dans les villes, la religion et les études avaient leur siège, les sanctuaires les plus vénérés attiraient et fixaient une foule dévote, les criminels se réunissaient par centaines pour profiter du droit d'asile des églises et monastères; on vit les Ârimans se complaire dans les cités, y prendre pied, s'y fixer, parachever enfin ce changement d'idées et d'humeur qui aurait tant indigné leurs aïeux. Voilà un réquisitoire détourné, qui en dit long sur les conflits nés dans le cœur du comte entre la religion égalitaire de son enfance et le culte aristocratique de son âge viril.

Mais, sans nous attarder davantage à déterminer des responsabilités, attristantes, satisfaits d'avoir défini l'atmosphère saturée de germes de corruption où se sont développées les grandes nations modernes, il nous reste à caractériser de notre mieux ces dernières, telles qu'elles apparaissent au miroir de VEssaî, dans une revue rapide de leurs vicissitudes passées comme de leurs destinées probables.

La Scandinavie, vidée de ses éléments nobles par l'émigration conquérante, réduite en quelque sorte à son fond finnois, celte et slave, dut renoncer à jouer dans l'histoire le rôle prépondérant que semblait lui assigner, à l'aurore du moyen âge, la multiplicité de ses éléments arians. Toutefois, quelques Germains y revinrent après leurs courses aventureuses; ceux

(I) T. II, p. 438 et suivantes.

m LE COMTE DE GOBINEAU

qui étaient demeurés défendirent bien leur sang. C'est donc encore en Suède, et surtout en Norvège, qu'on peut trouver aujourd'hui le plus de traces physiologiques, linguistiques et politiques de Texistence disparue de la race élue par excellence. Gustave-Adolphe, Charles XII, en ont, à l'occasion, dignement représenté le souvenir, et si les habitants de ces régions étaient plus nombreux, Tesprit d'initiative qui ne les a pas abandonnés pourrait n'être pas sans conséquences dans le monde.

La Russie, par contre, est fort dédaigneusement appréciée dans VEssai, Ce pays n^avait alors en France aucune popularité, et les théories de Gobineau ne le portaient guère à en réhabiliter les dociles populations. Nous avons laissé avec lui les Slaves de l'antiquité à « leurs humbles travaux » ; nous les retrouvons dans les temps modernes formant un empire doué de quelque cohésion uniquement par la grâce des dynasties varègues normandes du haut moyen âge, par l'effet de l'acquisition plus récente des provinces germano-baltiques, de l'avènement au trône de princes allemands, enfin par le concours d'un ensemble de cadres administratifs et militaires allemands ou français. Il faudrait être aveugle pour redouter ea Europe un péril russe (l), les Slaves étant a une des familles les plus vieillies, les plus usées, les plus mélangées, les plus dégénérées. Ils étaient épuisés avant les Celtes » . Les cadres étrangers que nous venons de signaler ne pourront d'ailleurs modifier les destinées du pays, parce qu'ils valent au fond peu de chose, et que, riches d'expérience, rompus à la routine de la civilisation, mais dépourvus d'inspiration et d'initiative, ils ne sauraient donner à leurs élèves ce qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes. Le rôle véritable des Slaves sera de servir d'intermédiaires entre les jaunes et les Européens. Ils maintiennent cette chaîne ininterrompue d'alliances ethniques qui fait le tour de F hémisphère boréal. Et nous verrons plus tard que,

(1) Nouveau point de contact avec Rousseau, car tel est aussi, dans le Cow irai social (liv. II, chap. viii), son jugeinpnt sur l'œuvre de Pierre le Grand, mais pour une raison précisément inverse : loin d'être usés, les Russes n'étaicDi pas mûrs pour la « police « .

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