CHAPITRE X 1S
dans la pensée de Gobineau, cet emploi passif d'intermédiaires intellectuels menacera quelque jour de redevenir actif, les Russes devant à son avis conduire TAsie jaune à Tassant de l'Europe épuisée.
L'Espagne, après avoir longtemps gardé, comme nous Tavons dit, quelque chose de la valeur gothique, posséda en propre une dose d'énergie et d'enflure toute sémitique, « une espèce de délire africain, » qui produisit encore de très grandes choses, sans approcher de la m force musculeuse » concentrée dans la barbarie germanique.
Dans ritalie du nord, le sang lombard céda peu à peu devant Tascension lente de la romanité. Mais, bien qu'à Tétat évanouissant, il fournit précisément sa sève et sa vitalité à la Renaissance, comme on a appelé avec tant de raison la résurrection du fond romain. Origine germanique latente de l'ingrate Renaissance classique; nous retrouverons la thèse ailleurs avec plus de développement. Toutefois, l'apport romain fut prépondérant dans ce soulèvement de l'écorce ethnique. Instincts politiques plus assouplis, concentration plus grande des forces gouvernementales, préoccupation exclusive du bienêtre et du luxe : ce sont des caractères qui ne trompent pas. L'Italie remonta donc au premier rang : on ne jura plus que par les Latins et les Grecs, a ces derniers compris bien entendu à la façon latine. » On redoubla de haine pour tout ce qui sortait de ce cercle : on ne voulut reconnaître ni dans la philosophie, ni dans la poésie, ni dans les arts, les apports de la culture germanique. Ce fut une croisade impitoyable et frénétique contre l'œuvre accomplie durant un millier d'années : on « pardonna à peine au christianisme « . Telle est la conception aryaniste, ou plutôt germaniste, de la Renaissance dans toute sa pureté.
Cependant quand il s'agit de passer de l'abstraction à la pratique sociale, il fallut reconnaître la nécessité d'un reste d'inspiration germanique pour équilibrer la tendance foncièrement anarchiste du chaos des peuples. Par une formule d'une magnifique ironie, Gobineau assure que l'Italie se trouva bientôt irop romaine pour servir la cause romaine et dut
« passer la main à la France » , sa plus proche parente. Celle-ci, qui gardait quelque cohésion par la vigueur de ses éléments francs, tout en se montrant facilement entraînée dans Torbite de la Renaissanc^e par la portion latine de son sang, a poursuivit Toeuvre avec une vivacité de procédés qu'elle seule pouvait employer. » Véritable héritière de ce don d'amalgamer qu'avait possédé TEmpire, elle «dirigea et exécuta en chef l'absorption des hautes positions sociales au sein d'une vaste confusion de tous les éléments ethniques » . C'est là une conception du rôle de notre pays que nous retrouverons, recueillie et développée par d'autres penseurs.
Et voici que reparait, de façon assez singulière, et trop évidemment pour les besoins actuels de la cause, l'aspect mêlanien que nous avions reconnu dans le caractère gaulois, et qui avait été nié forcément d'abord, puisque jaunes et blancs seuls se trouvaient en présence dans l'Europe préhistorique. Faut-il donc supposer quelque obscure infiltration sémitique parmi les compagnons de Vercingétorix? En tout cas c'est le spectacle de T^^r qu'évoque maintenant dans l'esprit de Gobineau la légèreté inconsistante, les tendances à la fois démocratiques et scrviles de nos premiers ancêtres. Incapables d'indépendance, préférant à tout un maître étranger (trait de caractère qui reparaîtra dans leur engouement pour le méditerranéen Bonaparte), ils n avaient que des qualités martialeSj mais il faut avouer qu'ils les possédaient à un degré supérieur. Acceptant pour eux-mêmes le joug et Faiguillon, ils ^rvirent donc à y façonner les autres, « ne sollicitant, en retour de leurs complaisances, que Us honneurs soldatesques et les émotions de la caserne ! On leur prodigua ces biens par surcroît. « Dédaigneuse condescendance pour les traîneurs de sabre, les officiers en demisolde, où Ton croirait percevoir Fécho de rancunes mal assoupies chez le fils de Foffioier de Gand.
Sur ce sang gaulois mal équilibré déjà, l'invasion barbare n'agit guère que dans le Nord et dans la Normandie, où la supériorité ethnique, après s'être conservée longtemps, transparaît encore quelque peu (nous avons dit que cette prpvînce est celle où le comte croit retrouver Forigine de sa famille). Le Midi de-