CHAPITRE X
meura sans principes sérieux, pénétré d^universelle IndifiFcrence, de scepticisme, d'esprit railleur, peuplé en un mot des dignes fils de ce citoyen de la Provincia dont nous savons qu'il fut peut-être le spécimen le plus odieux du chaos des peuples. Dans ces régions, naquit Thérésie albigeoise, manichéisme licencieux, dénué de valeur morale, profondément antisocial, ce qui lui vaut d'ailleurs la sympathie des écrivains révolutionnaires contemporains, surtout en Allemagne (l). Pourtant, tant que le nord de la France demeura prépondérant dans la direction politique du pays, la féodalité domina. Mais les croisades firent une première saignée à Télément noble; et ce recours au facteur de la a sélection sociale » est un intéressant pressentiment de théories largement épanouies depuis lors. Bientôt, le quatorzième siècle vit commencer la grande bataille qui, a sous le couvert des guerres anglaises, fut de nouveau livrée aux éléments germanisés. » Le pays d'outre-Loire ayant restauré l'indépendance nationale sous Charles VU, la prépondérance appartint dès lors à ses inspirations gallo* romaines. De là ce goût de la vie militaire et des conquêtes extérieures, bien particulier à la race celtique, joint à l'amour de l'autorité, héritage direct de Rome. On vit naître à ce moment une nouvelle conception de l'honneur. Chez les nations arianes primitives, plus tard dans le Saint-Empire, et jusqu'à nos jours en Angleterre, l'honneur était m une théorie du devoir qui s'accordait assez bien avec la dignité du guerrier libre » . Elle enfermait en efi^et « la haute obligation de maintenir ses prérogatives personnelles au-dessus des plus puissantes attaques (2) » . Sentiment digne du Roxolan, souve-
(1) T. I, p. 207. AUasîonà Lenau, probablement.
(2) Cette doctrine prit, on le sait, en Espagne une couleur toute particulière. M. Martinenche a écrit {Comédie espagnole^ Paris, 1901), à propos des lois do ■ Pundonor • : « L'exaltation de la volonté aboutit ainsi à une manière de fanatisme forcené. A force de vouloir se dresser au-dessus de la nature iiumaine, on finit par en sortir. L'honneur espagnol devient une sorte de théologie froide et repoulsante, dont tous les dogmes demandent du sang, encore du sang, toujours du sang. • Ne croiraît-on pas lire une page de Gobineau sur les héritiers des sacrificateurs du Cbanaan. Et de Corneille, plus germanique assurément comme bourgeois rouennais, M. Martinenche dira : • L'homme de ■on époque n'est pat en proie à quelque mystérieuse Némésis. il n'obéit pas
rain dans son odel! « Le gentilhomme français fut au cod« traire sommé de reconnaître que les obligations strictes de rhonneur l'astreignaient à tout sacrifier à son roi : ses biens, sa liberté, ses membres, sa vie... Cette doctrine, comme toutes celles qui s'élèvent à l'absolu, ne manquait certainement pas de beauté ni de grandeur... Elle était embellie par le plus brillant courage; mais ce n'était réellement qu'un placage germanique sur des idées impériales (romaines). Sa source, si Ton veut la chercher à fond, n'était pas loin des inspirations sémitiques, et la noblesse française, en l'acceptant, devait tomber à la fin dans des habitudes bien voisines de la servilité. » Voilà un fier langage, et digne d'un jarl Scandinave. Combien pâlissent en comparaison les velléités d'indépendance féodale, les vagues souvenirs des pairs de Charlemagne qui hantent la mémoire d'un Saint-Simon, humilié aux pieds du maître dans son petit appartement de Versailles!
Pendant le seizième siècle, les progrès de ces idées nouvelles préparèrent le terrain sur lequel les compagnons aquitains de Henri IV, moins celtiques et plus sémitisés, vinrent en 1599 tt placer une autre et plus grosse pierre du pouvoir absolu » (1) . Enfin Gobineau pourrait ici mentionner l'apport de conceptions gouvernementales absolutistes, dont la régente espagnole Anne d'Autriche porte la responsabilité. La monarchie du Roi-Soleil fut la fleur de cette évolution vers la tyrannie chananécnne, et elle n'échappa pas d'ailleurs à sa destinée
aveu{*lément à la loi terrible qui lui impose un incessant encbainement de meurtres. Sa personnalité, plus consciente d*elle-mème, ne se résout à la vengeance qu'après l'avoir discutée et acceptée. Elle n'y voit plus un ordre divin, mais une revendication de sa propre dignité. » L'auteur de VEs$ai n'eut pas analysé d'autre manière les sentiments d'un héros arian. Et peut-être éût-il expliqué la recrudescence des Folies du pundonor aux seiiième et dix-septième siècles par les alliances mauresques ou même juivei que presque toutes les grandes maisons castillanes contractèrent vers cette époque.
(1) L'intéressant ouvrage du vicomte d'Âvenel sur la noblesse au temps de Riclielieu apporterait plus d'une confirmation de détail à ces vues d'ensemble. On y retrouve la rapide extinction des survivances féodales, les mésalliances, la servilité grandissante ù la cour. L'auteur, avec une prudence bien légitime chez un historien scrupuleux, ne donne pas à ces transformations d'autre origine que « l'esprit du temps » . Gobineau prononcerait plus énergiquement : réapparition du sang romain sémitisé.