‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 69 sur 230 · CHAPITRE X 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE X 1S

nécessaire. La prépondérance de Paris, mélangeant, comme jadis Babylone ou Rome, dans les bas-fonds de ses faubourgs le sang venu de tous les points de Thorizon, a parachevé la préparation démagogique et préparé le 14 Juillet 1789. Tels sont les traits suggestifs qu'il est permis de tirer des pages de V Essai sur la philosophie de l'histoire de France. Nous en retrouverons les éléments essentiels sous la plume d'autres penseurs, plus ou moins directement inspirés de Gobineau ou de ses propres sources. Ajoutons que, malgré ces prévisions peu favorables, le pays situé au nord de la Seine est encore enfermé par le comte dans cet îlot privilégié qu'il dessine sur la carte au nord de l'Europe, et dans les limites duquel se concentrent aujourd'hui l'activité du sang arian et les restes de son énergie (I).

Quant aux chapitres qui traitent de l'Allemagne, les suggestions en sont, il faut l'avouer, moins, actuelles, et il est même surprenant de voir ce pays s'enthousiasmer, comme nous l'avons dit, et comme nous le dirons mieux encore, pour un homme dont l'œuvre maîtresse l'a si cavalièrement traité. C'est que le familier de Wahnfried répara si bien plus tard, tout au moins par des paroles, les égratignures de sa plume, qu'on ne lui en garde pas rancune au delà du Rhin, où sa partialité pour les ancêtres gothiques a fait oublier son dédain pour les grands-pères de 1850. Il est certain que le spectacle de l'Allemagne n'était guère imposant au lendemain de l'avortement du Parlement de Francfort; mais, cette fois, notre représentant près du Biindestag n'a pas su s'élever au-dessus des impressions du moment présent pour prévoir les destinées, si prochaines cependant, de ses hôtes. Nous avons vu qu'il ne pense pas grand bien de la France moderne ; or, à ses yeux, l'AUema* gne est encore bien au-dessous de ce niveau si médiocre déjà. Les forces physiques de ses fils sont moindres que celles des populations françaises, douées de qualités « supérieures à celles de la famille allemande, qui leur permettent de braver sans mourir les neiges de la Russie comme les sables brûlants

(1) T. II, p. 491.

de l'Egypte » . La langue de Goethe, si vanté, par un Herder ou un Fichte pour son originalité, sa sincérité, exceptionnelles, n'est pour le comte qu'une métisse sans pureté, faite de celtique et de gothique, trahissant la présence d'une épaisse population kymrique sous le petit nombre if éléments germaniques demeurés au delà du Rhin. Et Nietzsche refusera de même à ses compatriotes le titre d'héritiers des Germains parce que ces derniers ont fui presque en totalité leurs forêts, leurs sables et leurs marécages. Déjà bien longtemps avant cet exode, les Barbares « avaient dû prendre énormément des Celtes (1) » ; puis, lorsque les Slaves, poussés par les compatriotes d'Attila, vinrent à leur tour imposer leur alliance aux Teutons, ils les trouvaient dès lors ff peu germaniques (2) » . Tout en porte témoignage : u les institutions commerciales, les habitudes rurales, les superstitions populaires, la physionomie des dialectes, les variétés physiologiques... Le naturel doux et peu actif de l'Autrichien et du Bavarois n'a rien de cet esprit de feu qui animait le Frank ou le Longobard. » Vers la tin du moyen âge, l'élément celtique reparut plus particulièrement dans l'élément romain composite au centre de l'Europe : et ce fut sous cette influence médiocre que l'Allemagne tout entière « se chercha et maria plus étroitement ses intérêts autrefois si sporadiques » . L'unité germaine repose donc sur un fondement qui n'est pas arian. Quelque chose de grossier, de commun s'infiltra partout, qui n'appartenait ni à Félément barbare ni au sang hellénisé. Retenons bien cette classification qui oppose dès lors le Celte finnisé du plateau central au Germain resté pur et au Méditerranéen sémilisé : nous la verrons saluer chez Gobineau par ces disciples comme le pressentiment génial des plus importantes conquêtes de la science contemporaine

En conséquence de ce changement d'orientation morale, les chansons de geste du haut moyen âge furent remplacées sur les bords du Rhin par les compositions railleuses, bassement obscènes, lourdement grotesques de la bourgeoisie des villes.

(1) T. II p. 161. (î) T. H, p. 449.

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