‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 70 sur 230 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

c Les populations se complurent aux trivialités de Hans Sachs. » Appréciation sévère que le fervent de Richard Wagner dut regretter plus tard, en applaudissant, dans les Maîtres Chanteurs^ le cordonnier-poète comme un prototype de la saine bourgeoisie allemande! La gaieté de cet artisan, dit VEssai, ressemblait à celle que nous appelons a si justement la gaieté gauloise, et dont la France produisit à la même époque le plus parfait spécimen, comme elle en avait en effet le droit innén .

Enfin, en signalant la haute culture intellectuelle que possédaient à son avis les anciens Germains, en faisant remarquer que tous les mots de leur langue originelle qui se rapportent à récriture sont purement gothiques, Gobineau résume dans une formule lapidaire son impression sur leurs prétendus descendants (1). o Si Tallemand moderne a emprunté au latin l'expression schreiben, écrire, c^est que les Allemands ne sont pas d^essence germanique. » Il changera d'avis sans doute, mais sous TinQuence du succès, et les vainqueurs de 1870, moins enivrés par la fumée de son encens arianiste, auraient quelques raisons de juger cet amoureux bien tardif à reconnaître les mérites éminents de la dame de ses pensées, et ce théoricien bien facilement égaré par ses principes, puisqu'il fallut un événement foudroyant pour l'amener à corriger de son mieux des dédains peu prophétiques.

Tandis que l'Allemagne est à peine germanique dans V Essai j «n revanche l'Angleterre l'est au plus haut degré. Si l'auteur a montré d'abord une certaine réserve dans son admiration pour la Grande-Bretagne, s'il a raillé finement GuizoL pour s'être vu conduit par sa définition de la civilisation à « ne considérer comme vraiment civilisée dans le passé et dans le présent que la seule nation anglaise (2) » , c'était en ces premières pages du livre dont nous avons dit l'arianisme encore hésitant et timide, a Certainement, écrit alors le prudent historien, je suis plein de respect et d'admiration pour le grand peuple dont la victoire, l'industrie, le commerce, racontent en tous

(i) T. II, p. 387 (note).

lieux la puissance et les prodiges; mais je ne me sens pas dis^ posé à ne respecter et à n'admirer que lui seul. * Plus tard, i^ aura moins de scrupules ; il se laissera entraîner, après Guizot^ à invoquer a le génie radieux de la Grande-Bretagne * ; il proclamera qu'elle est a à proprement parler la seule nation arianequi vive encore de nos jours (1) * : et c'est là le plus haut témoignage d'estime qu'il soit en possession d'accorder.

Néanmoins, par le satisfecit qu'il concède au présent bri^ tannique, il n'entend pas s'engager pour l'avenir, et les réserves vont venir après les compliments. C'est qu'à la différence d'anglophiles plus déterminés que nous apprendrons à connaître il n'a pas hésité à étendre sur les îles bretonnes comme sur le reste de l'Europe aux temps préhistoriques unecouche primitive de populations finnoises et de nations celtiques très dégradées ; plus tard, un peu de romanité s'y superposa par endroits, et il faudrait même voir dans cette circonstance V origine du titre impérial donné parles Anglais modernes à leur État et à leur Parlement. Dès lors, le danger ethnique* sera toujours présent, n'attendant qu'une occasion favorable^ pour se révéler au grand jour. Par bonheur ces assises pernicieuses furent ensevelies d'abord sous d'incessantes alluvionsgermaines, danoises ou saxonnes. Aussi, « le goût de la vie^ agricole, l'abandon graduel de la plupart des villes, l'accroissement du nombre des villages, surtout des métairies isolées; le maintien solide des franchises de l'homme libre, l'influence* soutenue des conseils représentatifs, furent-ils autant de traits* par lesquels l'esprit arian se donna à reconnaître et témoigna de sa persistance. » Toutefois, l'absence presque totale del'élément romanisé laissait cette nation sans éclat et l'éloignait de ce que « nous appelons notre civilisation » ; tandir que les groupes finnois-celtes du fond lui imposaient un esprit très utilitaire et une « honteuse pauvreté » dans le domainede l'intelligence. Ce furent les Normands, déjà modifiés par lecontact gallo-romain, qui apportèrent le grain de sel de l'inspiration latine et suscitèrent une brillante période chevale-

(1) T. II, p. 360.

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