CHAPITRE X
j*esque, 8an3 que cet apport se fit cependant à ce moment dans des proportions dangereuses. Les couches supérieures seules en subirent l'action, et, là comme ailleurs, elles étaient «oumises d'autre part à d'innombrables causes d'étiolement et de disparition, circonstance qui tint encore une fois en bride 4e principe périlleux. Or, il en est de l'infiltration d'une race civilisée, bien que corrompue au milieu de masses énergiques, mais grossières, comme de l'emploi des poisons à faible dose dans la médecine : le résultat n'en saurait être que salutaire. Amusante illusion, que nous avons signalée déjà chez l'auteur Ae VEssai : c'est à dose homéopathique qu'il eût souhaité partout l'action de sang nègre dans les veines des blancs ; à cette condition le monde aurait été sauvé peut-être. Mais, toujours, le mélange a dépassé la limite que ce conseiller avisé lui permettrait à la rigueur d'atteindre. Seule au monde l'Angleterre donna pour un temps l'exemple d'une si heureuse proportion. D'ordinaire, les éléments nobles s'infiltrent dans les gâtés et s'y perdent sans bénéfice appréciable pour ces derniers, du moins devant le regard prévenu d'un aryaniste. C'est à la procédure inverse, à l'introduction d'éléments excitants dans un milieu sain et pondéré par ailleurs, qu'Albion a dû, avec la lenteur de son évolution sociale, la solidité de son empire. Elle resta surtout germanique et ne donna jamais à la féodalité la direction servile qui lui fut imprimée sur le continent.
Malgré tout, cette situation privilégiée ne devait pas se prolonger sans fin. A partir du seizième siècle, les guerres religieuses et bientôt la révocation de l'édit de Nantes apportèrent dans le Royaume-Uni un nouvel afflux d'éléments français qui, cette fois, n osèrent plus rentrer dans les classes aristocratiques, sans doute retenus par le sentiment de leur propre dégénérescence, et jetèrent une forte proportion de sang romanisé au sein des masses plébéiennes, où le terrain anglo-saxon fut dès lors fortement entamé. Les progrès de la grande industrie donnèrent des alliés à ces intrus dans les Irlandais, les Italiens, les Allemands celtisés ou slavisés qui accoururent en foule sur le sol insulaire. En conséquence, les Anglais, jadis portés vers la Hollande et les Flandres par leurs affinités ethniques, com-
mencèrent à mieux comprendre la France, cultivèrent la littérature, prirent le goût des statues, des tableaux, de la musique. Ils recueillirent même o une certaine gloire en ce genre, bien qu^avec une sorte de rudesse et de barbarie » . Voilà qui est dédaigneusement parler de Fielding et de Gainsborough, sinon de Dickens et de Turner. Au temps de ces derniers, il est vrai, le mal avait crû prodigieusement, et Gobineau songe surtout dans ses anathèmes à un homme dont les préférences méridionales, peut-être aussi les boutades révolutionnaires, le remplissent d'une aversion instinctive. « Cette société, jadis si compacte, si logique, si forte, n'aurait pu naguère assister sans horreur à la naissance d'un Byron, o d'un fils des jarls capable de nommer ses propres vers :
Harsh runic copy of the south's sublim !
(Dédicace de la Prophétie de Dante.)
Aussi, le système des lois anglaises a-t-il perdu depuis deux siècles une grande partie de sa solidité première. Des réformateurs ne sont pas loin dont les Pandectes forment l'idéal, a La démocratie jadis inconnue proclame des prétentions qui n'ont pas été inventées sur le sol anglo-saxon... Tout révèle la présence d'une cause de transformation apportée du continent; F Angleterre est en marche pour entrer à son tour dans le milieu de la romanité ! » L'avenir dira si cette audacieuse prophétie doit se réaliser : les courants présents en semblent contrarier jusqu'à un certain point l'événement; mais des indices sensibles se montrent encore en sa faveur et pourraient bien quelque jour lui donner enfin raison.
Vers le temps de la rédaction de VEssai, on discernait à côté des anglophiles de l'école de Guizot, si nombreux autour de Gobineau, un autre groupe, encore plus familier peut-être au protégé de Tocqueville, celui des américanistes, qui, détournant les yeux de la vieille Europe, les portaient pleins d'espoir vers les jeunes démocraties transatlantiques. Voyons jusqu'à quel point notre penseur s'est laissé entraîner à partager leurs rêves.
Gobineau professe sur les origines américaines une convie-