CHAPITRE X
tion fort arbitraire et qui fut nettement repoussée dès son apparition par les ethnologistes de son temps. Nous Tavons dit, il fait sortir la race jaune du nouveau monde parle détroit de Behring et les mers boréales, pour l'envoyer peupler TAsie et TEurope aux temps préhistoriques. Dans les savanes et les pampas ne demeurèrent donc que des « traînards jaunes » , comme TAUemagne des invasions n'avait conservé que des traînards germains. Les alliances que des nègres venus par le Pacifique contractèrent avec ces attardés créèrent la race rouge, qui sort ainsi des mêmes éléments que la malaise, bien que les proportions en soient probablement difiFérentes. Pourtant des empires durables et susceptibles de quelque éclat se sont formés, au Mexique, au Pérou et ailleurs peut-être, sur cet immense continent. Or on sait, à priori, que l'élément blanc est seul capable de fournir la force de cohésion nécessaire à un tel résultat. Il le faut donc trouver à tout prix, et la chose n'est pas impossible, grâce aux traditions Scandinaves. Ce furent les Normands de l'Islande et du mystérieux Winland qui, plus ou moins directement, par leurs descendants purs ou par leurs métis aventureux, créèrent les trois grandes civilisations que les conquérants espagnols ont rencontrées sur le sol de l'Amérique : celles des Alléghaniens, des Mexicains et des Incas. Le nouveau monde fut ainsi fécondé préalablement par les rois de la mer, comme si la Providence avait voulu qu'aucune gloire ne manquât à la plus noble des races. A quel point pourtant cet élément blanc, en quelque sorte évanouissant dès son origine, si nous employons une expression chimique chère à Gobineau, avait été dilué par l'action du temps vers le début du seizième siècle, c'est ce que démontre avec évidence le peu de solidité de ces royaumes mystérieux. Il a suffi de l'apparition et du séjour d'une poignée de métis ibériques sur leur terrain pour les a précipiter immédiatement au sein du néant» . Néant relatif, à vrai dire, car, ainsi qu'il arrive après toute conquête, la race inférieure vaincue continua de vivre pour se venger plus tard, en corrompant lentement ses vainqueurs. Et, des mélanges ainsi préparés par les événements du seizième siècle sont nées les républiques sud-américaines, dont le
compte sera réglé en peu de mots dans VEssai. Les Espagnols, sémitisés pour la plus grande part de leurs personnes, légèrement jaunes aussi par quelques côtés, se marièrent volontiers à ces sortes de Malais qu'ils trouvaient dans leurs nouvelles provinces. N'avaient-ils pas eux-mêmes, grâce à leur origine, une certaine portée malaise? De même les Français du Canada, Bretons et Normands pour la plupart, rencontrant des sauvages plutôt jaunes d'extraction vers le nord de TÂmérique et se souvenant eux-mêmes, sans en avoir nettement conscience, de leurs ancêtres finnois, ne s'étaient pas montrés trop rebelles aux unions indiennes, alors que, moins sémitisés que les Espagnols, ils s'y refusèrent absolument' vis-à-vis des populations plus nègres du midi. Et voici comment Gobineau résume en termes énergiques le résultat obtenu par les complaisances des compagnons de Cortez ou de Pizarre. Dans FAmérique du Sud, dit-il, le général improvisé qui vise à la présidence et le Botoendo anthropophage né sont pas identiques peut-être, mais à coup sûr ils sont cousins. Ces gens « se comprennent donc à merveille et peuvent vivre ensemble » , au prix de quelques petits massacres périodiques et sans conséquence (I). Aussi, de tels gouvernements ne sont guère comparables qu'à la monarchie d'un Soulouque, et leur avenir est certain. Puisqu'il faut nécessairement un joug à cet amas de métis, quelques esprits clairvoyants enfin désabusés des illusions égalitaires a indiquent déjà du doigt avec un sourire satisfait le point de l'horizon d'où viennent les envahisseurs prédestinés; ils montrent les Anglo-Saxons des États-Unis d'Amérique v . Avouons que les faits ont singulièrement confirmé, surtout au cours de ces dernières années, les vues prophétiques de Gobineau sur une partie du monde en voie d'évolution si rapide, où les contrastes de races sont plus saisissants, plus efficaces aussi que dans l'ancien continent. La conquête des Philippines et de Cuba, la conduite de l'Union vis-à-vis de ses nouveaux sujets, son attitude dans la mer des Antilles,
(i) Le Temps du 21 février 1902 (dans son supplément du soir) a publié un spirituel récit du dernier coup d'État au Paraguay qui aura fait tressaillir d^aise les mânes du comte de Gobineau.