‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 77 sur 230 · CHAPITRE XI U · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI U

oon content d'abaisser rhumanité, la mettra quelque jour au tombeau, il a rebuté des néophytes atterrés par les sombres doctrines d'une religion à ce point désespérante.

Une comparaison pittoresque et brillante annonce mal tout d'abord les voiles crépusculaires qui vont descendre sur le monde à la voix de ce prophète de malheur. Les deux variétés inférieures de notre espèce, dit-il, la race noire et la race jaune, forment le fond grossier, le coton et la laine que les familles secondaires de la race blanche assouplissent au préalable, en y mêlant la trame de leur soie; tandis que bientôt le groupe arian, faisant circuler ses filets plus minces à travers les générations ennoblies, applique à leur surface en éblouissant chef-d'œuvre les arabesques d'or et d'argent. Mais ce merveilleux travail de la nature est depuis longtemps interrompu : désormais les fils précieux font défaut pour le pousser davantage, et l'avenir, qui commence à le faner, ne pourra qu'en ternir chaque jour les chatoyantes couleurs. Les Germains étaient les derniers des Arians. Ils 5e le tinrent pour dit : ils achevèrent la découverte du globe et sa mise en valeur. Leur tâche est terminée, l'amalgame va se continuer à leurs dépens, en accentuant leur décadence. On aura vu se succéder l'âge des dieux, où l'espèce blanche fut absolument pure ; l'âge des héros, où les mélanges furent modérés de force et de nombre ; l'âge des noblesses, où des facultés grandes encore n'étaient plus renouvelées par des sources taries. Nous marchons vers l'âge de V égalité universelle, de l'unité définitive. Alors le sang blanc représentera bien un tiers du mélange dans les veines de chacun, mais il aura passé préalablement par d'innombrables et dégradants métissages. En ce temps-là, a les troupeaux humains, accablés sous une morne somnolence, vivront engourdis dans leur nullité comme les buffles qui ruminent dans les flaques stagnantes des marais Pontins. » Peut-être, malgré tout, se jugeront-ils plus sages et plus habiles que leurs devanciers. Nous-mêmes, lorsque nous contemplons ces grands monuments de l'Inde et de l'Egypte que nous serions si incapables d'imiter, ne sommes-nous pas convaincus que notre impuissance même établit notre supériorité?

Tïos honteux descendants n'auront pas de peine à trouver quelque argument analogue a au nom duquel ils nous dispenseront leur pitié et s'honoreront de leur barbarie » . A cette heure, la vigoureuse nature reconquerra l'universelle domination de la terre, et la créature humaine ne sera plus devant elle un maître, mais seulement un hôte, comme les habitants des forêts et des eaux. Gobineau s'efforce même de préciser le terme assigné par le destin pour ces événements lamentables. Sept mille ans s'étant écoulés à son avis entre la formation actuelle du globe et la naissance du Christ, qui marque à peu près l'apogée des siècles purs pour la race ariane, on peut admettre que le même temps sera nécessaire à l'achèvement de sa décadence. C'est donc environ cinq mille ans qui demeurent à notre espèce avant d'exhaler son dernier soupir. Bien plus, n'est-on pas en droit d'appeler fin du monde cette époque moins lointaine qui verra déjà l'abaissement complet de l'humanité! Ici, toutefois, un souvenir religieux effleure pour un instant la pensée de ce désespéré, mais combien fugitif et dénué de vertu consolatrice! Je n'affirmerai pas, dit-il, qu'il fût bien facile de s'intéresser avec un reste d'amour aux destinées de quelques poignées d'êtres dépouillés de beauté, de force, d'intelligence, «si l'on ne se rappelait qu'il leur restera du moins la foi religieuse, dernier lien, unique souvenir^ héritage précieux des jours meilleurs. » Enfin, voici que cette suprême lueur s'éteint et que le trépas de l'espèce, déjà artificiellement rapproché de nous tout à l'heure, semble apparaître maintenant tout proche à cette imagination frappée, à cette âme ulcérée par ses propres chimères. « La prévision attristante, ce n'est pas la mort, c'est la certitude de n'y arriver que dégradés; et peut-être cette honte, réservée à nos descendants, nous pourrait-elle laisser insensibles si nous n'éprouvions, par une secrète horreur, que les mains rapaces de la destinée sont déjà posées sur nous. *

Appréhension vraiment maladive ; et, si nous voulions marquer le danger de ce pessimisme excessif, il nous suffirait de recourir aux leçons mêmes de VEssai en y découpant ce passage ou l'auteur signale, parmi les symptômes les plus

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