‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 78 sur 230 · CHAPITRE XI I4ar · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI I4ar

frappants de la déchéance morale des métis sémitisés, ce dégoût effrayé de tavemr, qui est un malheur avilissant pour les sociétés (1).

La plupart des disciples de Gobineau lui ont, en efFet, tout emprunté, sauf ces prévisions déplorables, et sans cesse ils ont trouvé quelque échappatoire pour se dérobera de si navrantes conclusions.

Parvenus de la sorte au terme de notre analyse, nous jette* rons derrière nous un coup d'œil d'ensemble sur Touvrage dont nous avons tenté de résumer la pensée, et nous avouerons que, tout paradoxal, partial et subjectif qu'il soit sans conteste, il abonde en vue originales et profondes, comme en pages pénétrées de vie. Nous n'hésitons pas à proclamer sur ce point notre jugement : si intéressante que nous paraisse à quelques titres l'œuvre ultérieure de Gobineau, nous estimons qu'il n'a pas tenu les promesses de son début et que VEssai demeure son coup de maître. Le style, on a pu s'en apercevoir par les nombreux emprunts que nous avons faits au texte du livre, offre une saveur piquante et particulière. Le caractère en est la passion contenue : à le lire on évoque parfois un Saint-Simon (2) moins grand seigneur, obligé à plus de ménagements, mais capable lui aussi n d'asséner une prunelle étincelante » sur quelque démocrate chànanéen, comme le duc et pair la dardait sur les robins, humiliés à ses pieds par le cérémonial du lit de justice. Gobineau se permet des négligences incessantes, des répétitions à deux ou trois mots d'intervalle, des incorrections véritables, dont l'une des plus particulières, et qui témoigne le mieux du bouillonnement de la passion intérieure, consiste dans l'interversion de l'épithète, appliquée soudain à un substantif différent de celui qu'elle devrait qualifier. Par exemple, il dira que les traits des jaunes furent tracés par le Créateur avec « un dédain tout à fait rudimentaire » ; or, évidemment, ce sont ici les traits, et non pas le dédain, qui méritent cet adjectif; et l'on retrouve plus

(1) T. II, p. 275.

(2) Nous verroDS dans Otlar Jarl que Gobineau s*est découvert une lointaine parenté de sang avec l'auteur des Mémoires,

d^une fois chez le comte cet emportement dans le mépris qui lui fait adresser à faux ses invectives.

S*agit-il ailleurs de récuser un témoignage qui le gène, voyez de quelle ardeur il se porte à la rencontre de son adversaire. Quelques voyageurs ont admiré au Mexique d'imposants édifices dont les ruines dorment ensevelies dans les forêts du Yucatan. Or le sang nègre a bien pu préparer là quelque disposition artistique, mais l'apport blanc n'y fut pas assez large pour que notre homme soit disposé à concéder une grande valeur à ces manifestations incomplètes. « Le voyageur, ditil (1), qui, après plusieurs jours de marche à travers les forêts vierges de Ghiapa, le corps fatigué par les difficultés de la route, Tàme émue par la conscience de mille dangers, Tesprit •exalté par cette interminable succession tC arbres séculaires^ les uns debout, les autres tombés, d'autres encore cachant la poussière de leur vétusté sous des monceaux de lianes, de Terdures et de fleurs étincelantes; l'oreille remplie du cri des bétes de proie et du frissonnement des reptiles, ce voyageur, qui, à travers tant de causes d'excitation diverses, arrive à ces débris inespérés de la pensée humaine ne mériterait pas sa fortune si son enthousiasme ne lui jurait qu'il a sous les yeux des beautés incomparables, » Ne dirait-on pas qu'il s'agit ici de :se préparer un auditeur étourdi, comme l'explorateur le fut ;sans aucun doute pour avoir jugé si favorablement un produit jaune-noir? Le style, qui est « l'homme même » , établit donc à lui seul que la faculté maîtresse de Gobineau s'appelle l'imagination passionnée, et une fois de plus cet Aquitain trahit peut-être par là plus de sang sémitique qu'il ne serait disposé à en avouer.

Après avoir ainsi rendu une exacte justice à la forme de VEssaiy revenons au fond pour nous efforcer d'en conserver une impression d'ensemble. Et remarquons d'abord que, par d'habiles préparations ethniques, Gobineau se fit en vérité la tâche assez facile; car toute civilisation, ainsi que tout individu qui ne réalise pas une impossible perfection, péchera d'ordi*

(1) T. II, p. 50».

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