‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 80 sur 230 · CHAPITRE XI U · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI U

fait insuffisante à fonder la gloire presque surhumaine des Arians. Seulement, sa conception des mérites de la race blanche n'est pas fort claire : on le reconnaît déjà par Tinsistance avec laquelle il croit devoir revenir sur ce sujet délicat, ^ans cesse atténuant une touche pour eo hasarder une autre, reprenant et corrigeant son ouvrage. Rien ici de la belle assurance avec laquelle il a campé sous nos yeux les silhouettes de la brute nègre et du magot jaune. Essayons pourtant de réunir quelques-unes de ses indications. Sera-ce le courage guerrier, qui est proprement blanc, ainsi que Ta cru Tun des premiers lecteurs (1)? Mais Gobineau a des pages entières pour écarter •cette hypothèse (2). Le courage, dit-il, ne prouve rien en Javeur de la virilité d'une race. Le paysan de Beauce, plein <l'aversion pour le service militaire et d'amour pour sa charrue, n'est certes pas le rejeton d'une souche héroïque, mais il est à coup sûr bien plus réellement brave que l'Arabe guerrier des environs du Jourdain. On l'amènera facilement, ou plutôt il a s'amènera lui-même en un besoin à faire des actions d'une intrépidité admirable pour défendre ses foyers et, une fois •enrégimenté, son drapeau » . Au lieu que tel Oriental dont la guerre est l'unique métier a n'a£Frontera que le danger le plus petit » , en répétant à part lui l'adage favori du guerrier asiatique : Se battre n'est pas se faire tuer. En un mot, tous les peuples sont braves sous une direction appropriée à leur instinct.

Aussi, la supériorité du blanc est-elle ailleurs, et réside- 4-elle dans l'énergie, qualité essentiellement distincte du courage, tt Ce n'est pas que Ténergie ne le produise aussi, mais <l'une kiçon bien rcconnaissable. Fondamentalement, il n'y a que l'espèce blanche qui soit énergique. On ne rencontre que chez elle la source de celte fermeté de la volonté produite par la sûreté du jugement... Tout aussi obstinée quand elle attend ^u travail intellectuel ou matériel un résultat précieux... elle est surtout pratiquement intelligente et perçoit plus distincte-

(i) QuATEEFACES, dans rartfcte analyié plus loin. (î) T. II, p. 319.

ment son but. Une nature énergique veut fortement par la raison qu^elle a fortement saisi le point de vue le plus avantageux et le plus nécessaire. Dans les arts de la paix, sa vertu s*exerce aussi naturellement que dans la fatigue d^une existence belliqueuse (1). » Voilà qui est plus précis; mais, bien que ce caractère ait une certaine valeur distinctive, il y a quelque partialité à réserver au blanc le monopole de Ténergie et de Fintelligence pratique, et nous ne saurions accepter ces traits pour un caractère bien précis de la race : tout au plus est-il vrai de dire que ses succès témoignent qu'elle fut mieux pourvue que les autres ù ce double point de vue.

Si nous passons à Texamen des mœurs, nous apprendrons quMci la supériorité blanche n'est pas davantage dans un développement exceptionnel et constant de qualités morales qui n'appartiendraient qu'à elle seule. Sa prééminence réside seulement dans a une plus grande provision des principes d'où ces qualités découlent (2) » • C'est donc encore un privilège de degré. L'arian est toujours, sinon le meilleur des hommes dans la pratique, au moins « le plus éclairé sur la valeur intrinsèque en ce genre des actes qu'il commet » . Faible mérile, et qui prépare une condamnation plutôt qu'un éloge, s'il est vrai que l'injustice tient partout grande place dans les mouvements des sociétés humaines, et que nous devrons dès lors la supposer consciente et voulue chez le blanc.

Enfin, si nous en croyons son avocat, il faudrait lui attribuer dès l'origine, outre l'intelligence pratique, une « ardente curiosité intellectuelle » . Ces Germains, que Tacite a le défaut de juger d'après des tribus pauvres et mélangées, en écrivant : Litterarum sécréta viri pariter ac feminœ ignorant^ furent au contraire habiles à lire les runes, à les écrire, préoccupés des plus hauts problèmes et passionnés pour les émotions esthétiques de la poésie. C'est là une des convictions les plus fermes de leur descendant, homme de lettres. Ainsi, particu-

(i) Notons cette définition de l'énergie gobinienne, qui est l*opposé de celle de Stendhal, les éléments en étant la sûreté du jugement, la persévérance de la volonté, Tutilitarisme du but, l'atmosphère pacifique autant que belliqueuse.

(2) T. II, p. 363.

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