‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 82 sur 230 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

d'organisation sociale on pourrait se divertir à constituer une série de triades hégéliennes, présentant thèse, antithèse et synthèse, et auxquelles nous donnerions volontiers la forme suivante : noir, jaune, blanc ; sud brûlant, nord glacé, zone tempérée; passion, raison, conciliées par énergie, générosité ou encore opportunisme; individualisme ou anarchisme, instinct social outré ou socialisme, libéralisme; despotisme de la conquête, communisme de la ruche, féodalité ou parlementarisme; monarchie absolue, démocratie, aristocratie héréditaire ou élective; égotisme, humaiiitarisme, impérialisme. Enfin, comme on le voit dans Técole anthroposociologique, dolichonoirs, brachycéphales bruns, dolicho-blonds. Mais revenons à des développements moins abstraits.

Pour comble d^ëlourderie, Gobineau fournit encore à son insu un décisif témoignage en faveur de la ressemblance originaire qui se montre entre toutes les races primitives, dominées par les mêmes instincts vitaux, façonnées par des nécessités analogues; et cela, dans sa psychologie de l'Indien d'Amérique, que nous avons négligée à dessein tout à Theure, afin d'en souligner ici les enseignements.

Après nous avoir donné les Peaux-Rouges comme des jaunes mâtinés de noir, « au type finnois bien reconnaissable, » notre auteur se trouve tout à coup dans un embarras comique devant la noble attitude des vieux sachems, célébrée depuis tant d'années par la littérature des voyageurs ou des romanciers, popularisée en dernier lieu par la plume magique de Chateaubriand, tt Je voudrais, écrit-il, restant dans la vérité stricte, ne dire ni trop de bien ni trop de mal des indigènes américains. Certains observateurs les représentent comme des modèles de fierté et d'indépendance, et leur pardonnent à ce titre quelque peu (T anthropophagie. D^autres, au contraire, en faisant sonner bien haut des déclamations contre ce vice, reprochent à la race qui en est atteinte un développement monstrueux de l'égoïsme, d'où résultent les habitudes les plus follement féroces. » En fait, Gobineau se décide sans effort pour le second point de vue. L'opinion sévère, poursuit-il, a l'appui des plus anciens historiens de l'Amérique, qui sentaient ses habitants

« plus profondément mauvais que les autres hommes « , et n'avaient pas tort en cela, la férocité de rAméricain ayant pour caractère « Fimpassibilité qui en fait la base et la durée du paroxysme, aussi long que sa vie v . Mais, ici, Taryaniste se laisse évidemment égarer une fois de plus par ses préventions. C'est à peu près le contraire de son opinion qui est la vérité, et Quatrefages lui reprochait à bon droit, peu après l'apparition de VEssaiy d'avoir suivi le sentiment d'auteurs tels que Martius et Spix, par exemple, qui, dans leurs voyages au Brésil, n'ont guère vu que les débris de tribus traquées depuis:la conquête, ou encore de malheureux sauvages abrutis par la persécution et par un véritable esclavage. Autant vaudrait, ajoutait J'éminent naturaliste, juger la race celtique d'après les écrits de certains organistes et les exploits nocturnes des white-boys irlandais. C'est aux premiers voyageurs européens, aux anciens missionnaires, qu'il fallait s'adresser, en lisant par exemple sur les Séminoles l'histoire de l'expédition de Sotto, ou sur la Floride les souvenirs de Bartram. Ajoutons qu'au temps même de la rédaction de VEssai débutait la publication de la grande enquête officielle dirigée par Schoolcraft sur les indigènes des États-Unis (imprimée à Philadelphie à partir de 1851), qui en eût rectifié plus d'une assertion hasardeuse; enfin, le code noir des provinces méridionales de l'Union, si dur aux nègres à cette époque, accordait expressément à l'Indien une certaine égalité vis-à-vis du blanc en faveur de son courage : précieux témoignage d'estime pour cette race vaincue, que le suffrage de son vainqueur anglo-saxon.

Les observateurs d'origine anglaise, bien loin de partager le dédain de Gobineau, avaient au contraire rapproché depuis longtemps le caractère et la civilisation des Peaux-Bouges de celle des Germains de Tacite; et c'est en marchant sur les traces de Roberts et de Gibbons que Guizot s'était complu, au début de son Histoire de la civilisation en France (l), à accoler en vingt et un paragraphes numérotés des citations choisies d'une part dans Tacite, de l'autre dans les voyageurs et mis-

(1) V vol., p. 1«5.

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