‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 83 sur 230 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

aionnaires du nouveau monde, afin d*établir que Tétat social des Germains du premier siècle et celui des sauvages rouges de notre temps présentaient de grandes analogies. Bien qu'il dût être averti par ces précédents, Gobineau n'a pas laissé de tracer en toute bonne foi un portrait méprisant du guerrier des savanes; mais, ce qui fait le piquant de cette tentative, c'est qu'en dépit des préventions du peintre on croirait presque revoir la silhouette de l'Arian dans son odel. Écoutons en effet : u Son grand principe politique, c'est l'indépendance : non pas celle de sa nation ou de sa tribu, mais la sienne propre, celle de l'individu même. Obéir le moins possible pour avoir peu à céder de sa fainéantise et de ses goûts, c'est la grande préoccupation du Guarani comme du Chinook. V Sans doute un motif bas est ici substitué au noble désir de l'indépendance morale, mais il ne faut pas oublier que, dans le camp adverse, Thierry avait de son côte stigmatisé Voisiveté du Germain (1), qui se trouverait ainsi rapproché du Peau-Rouge par une commune paresse. Poursuivons : u Tout ce qu'on prétend démêler de noble dans le caractère indien vient de là. Cependant, plusieurs causes locales ont, dans quelques tribus, rendu la présence d'un chef nécessaire, indispensable. On a donc accepté le chef, mais on ne lui accorde que la mesure de soumission la plus petite possible, et cest le subor^ donné qui la fixe. On lui dispute jusqu'au.x bribes d'une autorité si mince : on ne la confère que pour un temps; on la reprend quand on veut. Les sauvages d'Amérique sont des républicains extrêmes, w

Eh! voilà précisément le spectacle qui fut ofiFert à notre admiration dans les colonies initiales de la race blanche : c'est l'autorité élective, révocable, précaire toujours du viç-pati; seulement, nulle épithète laudative ne vient ici nous avertir

(1) Et l*on pourrait ajouter l'anecdote caractéristique de Pluiwque (Vie de Lycurgue) sur ce LacédémonieD qui, accoutumé à « vivre noblement ■ , c'eetà-dire à ne rien faire, l'étonnait à Athènes de voir un citoyen condamné pour oisiveté, et accordait le tribut de son admiration à ce gentilhomme méconnu par ses plats compatriotes. Il est vrai que Sparte n*est pas très ariane aux yeux de Gobineau, mais cette cité est la type même de l'aryanisme pour quelques-^ nos de tes succetseun, moins prévenus et plus soucieux des faits.

d'une sympathie qui demeure en effet loin du cœur de Técrivain.

Évoquons enfin pour un instant dans notre mémoire cette habile analyse de la situation du chef de guerre germain, souvent soldat sans ancêtres, mais éloquent, persuasif, généreux, et devenant par ces mérites le a konungr n du a rik » après la conquête. Et Usons ensuite ces lignes qui semblent s'appliquer si parfaitement à son cas (1) : a Dans cette situation, les hommes à talents, ou qui croient Tétre, les ambitieux de toute volée, emploient Tintelligence qu'ils possèdent, et j'ai dit qu'dls en avaient, à persuader leur peuplade d'abord de l'indi* gnité de leurs concurrents, ensuite de leur propre mérite... il leur faut user d'un perpétuel recours à la persuasioi^ et à l'éloquence pour maintenir cette influence si faible et si précaire, seul résultat pourtant auquel il leur soit permis d'aspirer. De là cette manie de discourir et de pérorer qui possède les sau* vages ... (2). n II convient d'ajouter que Gobineau croit pouvoir distinguer entre l'indépendance apache, d'origine jaune, et l'indépendance roxolane, de source blanche : la première

(1) T. II, p. 500.

(2} Les idées de Gobineau sur Téloquence sont caractéristiques de sa tour* nure d*esprit. Chez les Arians, elle est, à son avis, l'instrument de la liberté et de la sagesse : tel dehatter anglais pratique et précis en fournirait encore aujourd'hui le type. « Mais l'éloquence politique ornée, verbeuse, cultivée comme un talent spécial, élevée à la hauteur d*un art, c'est toute autre chose. On ne saurait la considérer que comme un résultat direct du fractionnement des idées chez une race, et de l'isolement moral où sont tombés tous les esprits... Le talent de la parole, cette puissance en définitive grossière puisque ses œuvres ne peuvent être conservées qu'à la condition rigoureuse de passer dans une forme supérieure à celle où elles ont produit leurs effets, qui a pour but de séduire, d'entraîner, de tromper, beaucoup plus que de convaincre, ne saurait naître et vivre que chez des peuples égrenés, qui nont plus de volonté commune, de but défini, et qui se tiennent, tant ils sont incertains de leurs voies, à la disposition du dernier qui parle, » (T. II, p. 512.)

Ces traits assez piquants, bien qu'excessifs, visent évidemment les races sémitisées du midi. Au lieu qu'un parlementaire anglais se vante de voter à l'occasion contre son opinion pour toujours marcher avec son parti, et qu'un des plus célèbres de ce siècle résumait ainsi son expérience des effets permis à l'éloquence politique dans une enceinte où elle a pourtant rencontré ses modernes classiques : « A la Chambre des communes, j'ai entendu dans ma vie bien des discours : il n'y en a pas trois qui aient changé mon sentiment, et pas un qui ait changé mon vote. »

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