CHAPITRE XII
L'tt ESSAI* DEVANT SES PREMIERS CRITIQUES
Il fout reconnaître que VEssai ne sollicita pas grandement Tattention publique lors de son apparition. Néanmoins quelques savants français et surtout allemands entreprirent d'en discuter les leçons; et un rapide examen de leurs sentiments éclaircira mieux encore Timportance symptomatique de la réaction qui s'est produite depuis lors en feveur de cette œuvre originale.
Paul de Résumât, ami de Tauteur, le cile en passant dans une étude publiée par la Revue des Deux Mondes du 15 mai 1854, alors que la première partie de VEssai avait seule paru; mais il consacre à peine quelques mots à cet ouvrage u plein de sagacité et d'instruction n , et il se garde d'en reparler le I*'août 1856, lorsqu'il analyse au même lieu t Ancien Régime, de Tocqueville, et rappelle pourtant l'origine germanique de toute l'aristocratie européenne. La seconde partie de l'ouvrage l'avait-elle étonné et déconcerté par son ardeur germanophile?
Remarquons encore que, le 15 novembre 1860, Littré, discutant dans le même recueil périodique l'œuvre d'un celtomane écossais sur Shakespeare considéré comme un Celte, écrit quelques phrases caractéristiques, d'où l'on peut conclure ou qu'il n'a pas lu VEssai, ou qu'il le juge indigne d'une réfutation. II semblerait même que les polémiques de la Restauration, rafraîchies par le résumé d'Augustin Thierry, fussent bien oubliées vingt ans plus tard, à lire les lignes que voici : « Pendant que M. O'Connell attribue aux Celtes et aux Français une supériorité de race, il semble curieux de rappeler qu'à la