CHAPITRE Xll
du professeur de Halle, maïs, cette fois, pour avoir attaqué le bouddhisme, ce protestantisme de Tlnde ; pour vouloir défendre la théocratie brahmanique, si fort analogue à la hiérarchie romaine ; en un mot pour persécuter Luther en Bouddha ! Nous renonçons à nous appesantir davantage sur une réfutation^ qui peut bien offrir quelque intérêt à Térudition philologique, mais qui n'en conserve aucun pour Thistorien des idées.
Il est juste d'ajouter que Gobineau rencontra dès lors en Allemagne des lecteurs mieux disposés. Schopenhaueraconnu VEssai dans ses dernières années, puisqu'il le cite (1), pour une phrase insignifiante, il est vrai, tout incidente dans le livre, qui y surprend même et n'en résume nullement les leçons, mais dont la couleur pessimiste l'avait séduit, a Gobineau, dit-il fDes Baces humamesj, a nommé l'homme l'animal méchant par excellence (2), ce que les gens prennent mal parce qu'ils se sentent atteints au bon endroit ; mais il a raison. »
Fallmerayer de son côté rendait justice à la valeur de l'ouvrage, assurant « qu'on s'en servait plus souvent et plus largement qu'on n'était disposé à en convenir (3) » .
Enfin, le préfacier à'Amadis nous raconte que^ peu après la publication de la première partie de VEssai^ Gobineau, envoyé à Francfort, fut présenté au comte Prokesch-Osten, président de la Confédération germanique (BundestagJ. Cet homme, éminemment distingué et versé dans les sciences, lui demanda aussitôt : « Ce monsieur de Gobineau qui a écrit sur les races humaines est-il de vos parents? — C'est moi, monsieur. — Vous? et si jeune ! m Ce dialogue fut le point de départ d'une de ces liaisons qui résistent à l'éloignement et ne finissent qu'avec la vie.
En revanche, Drouyn de Lhuys, comme chef et comme ami, n^avait pas caché son sentiment à l'imprudent écrivain, a Un livre scientifique de cette portée, lui dit-il, ne vous sera pas
(1) Pauerga, t. I, p. 181. Sur Véthique.
\t) Essai, t. II, p. 363.
(3) 2* édition de VEssai. Ayant-propos. Pas plus que le dernier biograpbe de Gobineau, le docteur Kretzer, nous n'avons retrouvé le passage de Fallmcrayer ici indiqué.
utile pour votre carrière ; il peut au contraire vous faire beaucoup d^ennemis (1). » En sorte que ces deux diplomates, mieux que les critiques de profession, ont pressenti et incamé Tattitude de leurs deux nations respectives vis-à-vis de Tceuvre étrange, incomplète, téméraire, mais non pas indifiFérente à coup sûr, qui venait de voir le jour.
(1) Biographie en tête de la 2* édition de VEstai\