LIMITE DE LA DESCRIPTION PURE COMME METHODE SCIENTIFIQUE
Nous avons analysé les données de l'embryologie descriptive autant que nous avons pu et cependant nous devons avouer que ce que nous avons trouvé ne peut pas être l'essentiel de ce qu'il y a à savoir sur la morphogénèse individuelle. Nous n'avons vu jusqu'ici que la surface du phénomène, il nous faut une connaissance plus approfondie de son essence. Pourquoi se produisent tous ces plissements, ces courbures^ cette histogenèse et tous les autres processus que nous avons décrits? Il doit y avoir quelque chose quf, pour ainsi dire, les conduit.
On trouve dans le Traité de Mécanique de Gustave Kirchhoff cet aphorisme très connu, que le devoir
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de la mécanique est de décrire complèleinent et le plus siuipleineiit possible tous les mouvements (|ui se rencontrent dans la nature. Cette affirmation, ([ui peut sembler peu justifiée, même en mécanique, a eu une influence pernicieuse sur la biologie. On était très content de pouvoir dire : « Décrire î» — mais, c'est précisément ce que nous avons toujours fait î Maintenant nous voyons que nous avons eu raison, puisqu'un physicien célèbre nous l'affirme. On ne voyait pas que Kirchhoff avait ajouté les mots : « complètement et le plus simplement possible ». En outre, on ne remarquait pas ([ue Ivirchlioff n'a jamais regardé comme le but ultime de la physique, la description des orages, des éruptions volcaniques ou des érosions. Et ce n'est cependant qu'à des descriptions semblables qu'on peut comparer les descriptions faites par les biologistes.
Les physiciens ont toujours utilisé à la fois l'expérience et la construction hypothétique. KirchhofY luimême procédait ainsi et avec succès. C'est par ces moyens (pi'ils ont cherché à résoudra' leurs problèmes ; s'ils n'ont ])as toujours été ;ui delà de la description, c'est uniquement (pumd ils avaient trouvé cjuelque chose de réellement élémentaire ; mais ils expli(/ii(iienl avec l'aide des données élémentaires ce qui n'esl pas élémentaire en soi-nirmc.
(Test la mèlhode de la physicpic et non ses résultais (jue la science de la morphogénèse doit s'approprier si elle veut j>i-ogress(M' ; et c'<'sl cette niélhodc (pie nous essaierons nous-inème dappiicpiei-. La physiologie prnpi«'ineid dile n'a jamais èir si eonlenle d'elle-inèine el à si comle vue (pi'elie ail
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pensé n'avoir rien à apprendre des autres sciences. Mais longtemps la morphologie n'a pas eu cette modestie ; la pure description et la comparaison des choses décrites furent, pendant plus de quarante ans, son unique but; l'unique résultat fut la création d'arbres généalogiques du caractère le plus problématique.
On ne voyait pas que la science doit commencer par l'étude des faits actuels, qui se passent sous nos yeux, et non pas par des recherches problématiques sur le passé.
Mais, avant d'entrer plus avant dans l'étude de la méthode embryologique expérimentale véritablement rationnelle, qui peut être regardée comme une nouvelle méthode, puisque sa prédominance a été complètement oubliée depuis le xviii^ siècle, nous devons d'abord analyser rapidement quelques essais d'explication de la morphogénie au moyen exclusif de constructions hypothétiques. De tels essais sont importants comme point de départ de recherches exactes et ils méritent attention parce qu'ils montrent que leurs auteurs n'avaient pas complètement oublié qu'il y a dans la morphologie d'autres problèmes à résoudre que ceux qui sont du domaine de la « phylogénèse ».