THEORIE DE WEISMANN
Entre toutes les théories purement hypothétiques (le la morphogénèse, celle d'Auguste W'eismann (1) paraît avoir exercé la plus grande influence et elle semble aussi la plus logique et la mieux élaborée. La théorie du « plasma germinatif » est habituellement considérée comme une théorie de l'hérédité, et c'est exact, en ce sens que le problème de l'hérédité a été le point de départ de ses spéculations hypothétiques et qu'il en forme, à un certain point de vue, la plus importante partie.
Mais, à proprement parler, la théorie de W eismann se compose de deux parties indépendantes, relatives Tune à la morphogénèse et l'autre à l'hérédité ; la première, seule, doit nous occuper ici ; ce ({u'on désigne habituellement sous le nom de doctrine de la « continuité du plasma germinnlit* ■ sera discuté dans un chapitre ultérieur.
Weismann prétend (juiine stiuctiirr très coiupli-
i^l) Das Keimplasma, Jena, 189'2.
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quée, située au delà des limites de visibilité même aux plus forts pouvoirs convergents, est le fondement de tous les processus morphogénétiques.
Tandis qu'une portion de cette structure se transmet de génération en génération comme la base même de l'hérédité, une autre partie est dissociée pendant le développement individuel et dirige le développement par cette dissociation même. L'expression « portion » de cette structure demande quelque explication. Weismann suppose que plusieurs exemplaires, plusieurs copies de cette structure sont contenus dans une cellule germinative et c'est à ces exemplaires que le mot « portion » a été appliqué par nous : un exemplaire, au moins, doit être dissocié pendant Fontogénie.
On suppose que la structure morphogénétique est localisée dans le noyau des cellules germinatives, et Weismann imagine que la dissociation de cette structure est accomplie par la division nucléaire. Les parties les plus fondamentales sont séparées les unes des autres pendant la segmentation de l'œuf. Le mot « fondamental » doit être compris comme s'appliquant, non aux éléments propres ou aux complexes d'éléments de l'organisation, mais aux caractéristiques de la symétrie; la première division, par exemple, peut séparer la partie droite de la partie gauche de la structure, la seconde ses parties supérieures et inférieures, de telle sorte qu'après la troisième division ou segmentation équatoriale, les huit parties essentielles de l'organisation en miniature sont séparées les unes des autres. Car, nous devons l'ajouter dès maintenant, cette organisation
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réduite est supposée construite d'une manière différente suivant les trois plans de l'espace, comme il en est de l'organisme adulte. Weismann concède que nous ignorons la véritable nature des relations qui doivent exister entre les différentes parties dissociées de la structure morphogénétique fondamentale et le processus réel de la morphogénèse. Il est suffisant qu'on puisse imaginer de telles relations.
A la fin de l'organogénèse la structure est supposée avoir été dissociée en ses éléments, et ces cléments, qui peuvenl être des composés chimiques, déterminent le soit de chacune des cellules de l'organisme adulte.
Arrêtons-nous un moment sur ce point. 11 ne peut être mis en doute que la théorie de \\'eismann ne ressemble beaucoup à la vieille doctrine de 1' « évolution » (kl xviu^ siècle, si ce n'est qu'elle est un peu moins frustre. Le poussin n'est pas supposé être individuellement présent dans l'œuf de la i)Oule avant le développement, et l'ontogénie n'est pas envisae^ée comme un simple accroissement de ce poussin en miniature. Mais, ce qu'on suppose présent dans l'œuf n'est rien de moins qu'une chose dont chacune des parties correspond à chacune des jiarties du poussin, quoique cependant sous un aspeci (lilfi'rent, tandis que toutes les relations de toutes les parties de runc sont identi((ues à celles de toutes les parties ih; l'autre. Cette hypothèse dune relation rigide et lixe entre les diverses parties de la stiiicliuM; morpliogénéti(|ue est indispensable si l'on juhncl ([in' la dissociation de la structure se fait par portions symétriques, (l'est là une conclusion vraiment étrange.
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mais non illogique, de la théorie de Weismann.
Weismann est absolument convaincu qu'il faut une théorie « évolutionniste », dans l'ancienne acception du mot, pour rendre compte des faits de l'ontogénie, et que 1' « épigénèse » n'est acceptable que dans l'embryogénie descriptive, où incontestablement comme nous le savons, une diversité visible se produit, mais qu'elle ne pourra jamais former la base d'une véritable théorie morphogénétique. Théoriquement, une div^ersité préexistante se transforme en une autre. Une théorie épigénétique conduirait tout droit, pense Weismann, en dehors des limites de la science de la nature, car il est de fait que de semblables théories, quand elles ont été complètement développées, ont toujours amené leurs auteurs à des conclusions vitalistes. Et le vitalisme est considéré par lui comme définitivement éliminé.
Dans ces conditions, nous avons le droit, semblet-il, de dire que la théorie du développement de Weismann repose sur une base u dogmatique ».
Mais nous devons compléter l'exposé de cette théorie : Weismann savait bien qu'à sa manière de voir s'attachaient quelques graves difficultés. Tous les faits de ce qu'on appelle la morphogénèse adventive chez les végétaux, la régénération chez les animaux, prouvent que la structure morphogénétique ne peut avoir été totalement dissociée pendant l'ontogénie. Mais ces difficultés n'étaient pas insurmontables. Weismann suppose, en effet, que dans certains cas particuliers — et il regarde tous les cas de régénération d'une partie d'un organisme détruite comme le résultat d'une propriété spéciale du sujet
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développée par le jeu des variations et de la sélection — Weismann suppose donc que dans certains cas particuliers, des arrangements spécifiques des minuscules parties du plasma germinatif se forment durant le processus de la dissociation et qu'elles sont mises en réserve dans des cellules déterminées aux dépens desquelles la régénération ou le bourgeonnement adventif doit se produire, quand le besoin s'en fait sentir. « Plasma de réserve », tel est le nom qui fut donné à cet arrangement liypotliétique.
Presque indépendammentun autre auteur allemand, Wilhelm Roux il), a développé sur la morphogénèse des considérations théoriques qui ressemblent de très près à celles de Weismann. D'après Roux, il existe dans le noyau du germe une minuscule structure ultime qui dirige le développement par suite de la dissociation de ses diverses parties pendant la série des divisions nucléaires.
Mais, en dépit de cette similitude de [)()inl de départ, nous entrons à la suite de Roux dans un chamj) d'investigations biologiques entièrement différent. Nous allons abandonner les constructions hypothétiques, au moins dans ce qu'elles ont d'exclusif, et nous allons aborder le domaine de l'expérience scientifique en moi'phologie.
J) Die licileiiliuK/ der I\ci-nlrilun(/s/it/iircn. Lcip/iii:, ISS.'i,
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