‹ La Philosophie de l'organismeChapitre 13 sur 41 · TRAVAUX DE WILHELM ROUX · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE WILHELM ROUX

On sait qu'une hypothèse particulière sur la base du développement individuel en fut le point de départ. Gomme Weismann, il suppose qu'il existe dans le germe une structure très compliquée et que la division nucléaire a pour effet de dissocier cette structure ; il apportait d'ailleurs certains indices qui devaient démontrer la certitude de son hypothèse.

On a observé dans beaucoup de cas une relation étroite entre l'orientation du premier sillon de segmentation et celle du plan de symétrie principal de l'adulte^ Le premier plan de segmentation, par exemple, correspond très souvent au plan médian, ou bien il le coupe à angle droit. Dans d'autres cas, comme dans ceux qui ont élé particulièrement envisagés dans la doctrine de la généalogie cellulaire, on a vu certaifies cellules germinatives correspondre en définitive à des organes déterminés. N'est-ce pas un excellent argument en faveur de la théorie qui regarde

MORPHOGKNÈSE EXPÉRIMENTALE 43

la division nucléaire comme le principal facteur de la différenciation ? Il est vrai que, dans certains cas, cette relation étroite entre la segmentation et la symétrie ne se manifestait pas, mais c'était toujours la conséquence d'un trouble expérimental, par exemple de Tinllucnce d'une direction anormale de la pesanteur obtenue en retournant l'œuf sens dessus dessous, de sorte que dans ces conditions il était toujours facile de faire rentrer chacun de ces cas dans la théorie générale, en admettant une sorte tV< anachronisme » dans la segmentation.

Mais Roux, qui n'était pas complètement satisfait par ces premiers indices, chercha des preuves expérimentales et c'est dans cette indication qu'il institua une expérience devenue célèbre (1|. Il tua, au moyen d'une aiguille chaude, un des deux premiers blastomères de l'œuf de la grenouille, immédiatement après la fin de la première segmentation, et surveilla le développement de la cellule survivante. Il vit se former un demi-embryon typique qui était aussi exactement une moitié d'organisme que pourrait l't'^lre un embryon bien développé qu'on aurait sectionné en deux parties avec un rasoir. C'était, j)ai*liculièrement dans la partie antérieure de l'embryon, que sa valeur de demi-organisme était le plus facile à mettre en évidence.

Tout cela semble une preuve en faveur de la théorie du développement di' W'eisniann et de Houx, une preuve de l'hypothèse (juil y a <lans l'ceuf une structure très compli({uée, déterminant l'ontogénie, pai-

(1) Virchoœ's Archir. 1 1 1, 1888.

44 l'organisme individuel

le fait même de sa dissociation, laquelle se produisait au cours des divisions cellulaires successives, grâce à la division karyokinétique du noyau.

11 semblera, je suppose, aux observateurs impartiaux que les conclusions tirées par Roux de son expérience dépassent un peu la limite légitime. Incontestablement, le développement d'une moitié de grenouille aux dépens de la moitié d'un œuf démontre l'existence d'une certaine espèce d'évolution. Mais, en ce qui concerne le noyau, quelque chose a-t-il été découvert, a-t-il été prouvé? Si le noyau a été pris en considération, c'est seulement en raison de l'idée courante qu'il a un rôle à jouer dans la morphogénèse. Bientôt les faits deviendront encore plus ambigus.

Page 1