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SYSTEMATIQUE BIOLOGIQUE

Revenons maintenant de notre digression logique à notre thème pro[)reinent biologi([ue ; ici nous devons malheureusement déclarer, dès le début, que pour le moment la systémali(|ue biologique correspond exactement au second de nos deux types de subdivision : c'est une pure classiiicalion, elle nous fournil un catalogue, rien de plus.

Cette aflirmation, ([ui nest que renonciation d'un fait, n'implique naturellement pas le moindre reproche (Mivers les hommes éminents qui ont créé la classilication des animaux et des plantes. Car

il faut bien, tout de même posséder un tel catalogue, et le catalogue des organismes s'est, de fait, considérablement amélioré au cours des progrès de la biologie empirique et descriptive. Une classification s'améliore d'autant plus qu'elle devient plus « naturelle », ou que tous les divers caractères qu'on peut choisir comme principes de subdivision conduisent à des résultats plus concordants. Et, effectivement, à ce point de vue, la classification des organismes a fait de grands progrès. Le système «naturel » a atteint une telle perfection, que deux êtres qui apparaissent comme parents à un point de vue sont aussi parents à presque tous les autres points de vue possibles, ou, du moins, à ceux qui correspondent aux caractéristiques les plus importantes. On a vraiment pesé et proportionné les divers principes de subdivision possibles et par là on a atteint en un certain sens des résultats définitifs.

Toutefois, nous ne connaissons absolument pas la raison d'être propre et essentielle du système des organismes et nous ne sommes nullement en état de dire que précisément ces familles, ces classes, ces ordres doivent seuls exister, et pas d'autres, et que les êtres qui les composent doivent nécessairement être faits comme ils sont faits. Y arriverons-nous jamais, ou bien la systématique doit-elle toujours rester une classification empirique? Nous ne pouvons pas répondre aujourd'hui à cette question; si nous le pouvions, nous aurions déjà la solution du problème auquel elle se rapporte.

Le concept de ce qu'on appelle le >< type », dû prin- •cipalement à Cuvier et à Goethe, est un des^ résultats

les plus importants que la classification biologique nous ait fournis jusqu'à présent. A peine plus importante est la découverte de la « corrélation des partics », c'est-à-dire d'une sorte de liaison nécessaire et non immédiatement causale. Radl semble être le seul auteur moderne qui ait clairement vu ce point.

L'harmonie que nous découvrons dans le développement rentre dans cette loi de la corrélation ; et, en approfondissant analytiquement le concept bien fondé de Tentéléchie, base ultime de l'organisation, on arrive à concevoir d'une manière satisfaisante quel est le sens de cette liaison non causale mais nécessaire^ que nous trouvons dans le concept du « type » et de la « corrélation des parties ».

Le type est une certaine manière irréductible dont les différentes parties d'un être sont réciproquement disposées; la corrélation, elle, a affaire avec ce qu'on peut désigner comme l'empreinte ou l'influence réciproque et réellement existante des parties les unes sur les autres, et avec la manière dont se produit cette empreinte, le degré auquel atteint cette influcnce. Tous les ruminants, par exem|)le, sont des bisulces, et ce qu'on appelle les formules denlaires est caractéristique pour tous les groupes de Mammifères. De telles relations soiil naturellement empiriques et ont leurs limites; mais il est très important qu'elles soient possibles en général.

Ça été le résultat j)riiK'ipal de l'embryologie comparée de montrer cpir le type comme tel s'exprinn» plus clairement dans les stades embryonnaires (|ue dans les formes adultes et que, par suite, les stades embryonnaires des dilTérents groupes se resseinblonl

plus que les stades adultes : là est tout le vrai de la prétendue « loi^ biogénétique fondamentale » de Haeckel. Mais les différences spécifiques, malgré cette plus grande ressemblance, ne manquent point, néanmoins, dès les stades embryonnaires.

Nous avons nommé cette partie de la science qui s'occupe des dissemblances présentées par les êtres, et non pas de ce qu'il y a de commuji entre eux, systématique, ou bien, au cas où elle n'est point rationnelle, classification. En ce sens large du mot, la systématique ne doit naturellement pas être confondue avec ce qu'on appelle ainsi couramment, c'està-dire avec la subdivision en catégories infimes des derniers et des plus petits groupes du système biologique, laquelle se fonde sur des caractéristiques de forme, en général purement extérieures. Notre systématique est une des deux parties principales de la biologie; l'anatomie comparée et l'embryologie comparée en constituent les méthodes; car il faut appuyer fortement sur ce point que ces dernières disciplines sont seulement des méthodes et nullement des sciences indépendantes.

GENERALITES.

A l'heure actuelle, il est généralement admis que l'état présent des organismes est le résultat de leur histoire. Que signifie celte proposition ? Sur quels fondements reposc-t-elle? Comment la syslémalique se comporte-t-elle à l'égard de l'histoire? En arrivant à CCS questions et à ces discussions, nous abordons la théorie de la descendance.

La théorie de la descendance est l'assertion hypothétique que les organismes, malgré leurs dilTérences, sont liés les uns aux autres par une j)arenté généalogique. Le problème de leur origine <( monophylétique » ou « polyphyléticjue » est une question de second ordre par rajiport au problème de huir parenté en général.

Il est deux groupes ditTérenls de lails. <[iii ont conduit à la pensée d'une descendance commune; aucun de ces groupes ne nous impose cette conclusion, mais tous deux considérés ensemble la rendent très vraisemblable.

Le premier groupe de faits est tiré de l'étude de \i\ distribution géographicpie des animaux et des plantes, comme aussi de la j)aléonl()logie. En ce cpii concerne la géographie, il me semble (|ue les enseignements,

apportés par Tétude de la faune et de la flore des groupes insulaires, méritent d'être discutés en première ligne. Si sur chacune des différentes îles A^ B, C, D, qui forment ensemble un groupe, les espèces d'un certain genre d'animaux ou de plantes sont différentes à un certain point de vue, et si elles sont différentes, aussi, des espèces qui vivent sur le continent le plus voisin (duquel, comme la géologie nous l'apprend, ces îles se sont, un jour, séparées), tandis que d'un autre côté, sur le continent, aucune variation n'existe dans les espèces au point de vue considéré, et cela pour de vastes étendues de pays, alors, sans aucun doute, il est avantageux, pour éclaircir un fait, sans cela incompréhensible, de supposer que toutes ces diverses espèces ont une origine commune. Il en va de même pour la paléontologie. Dans les couches géologiques qui forment une série continue, on trouve une suite d'animaux qui sont, il est vrai, typiques et spécifiques pour chaque couche particulière, mais qui toutefois forment une série tout comme les couches. Est-ce que ce fait ne perdrait pas beaucoup de son étrangeté, si nous pouvions faire l'hypothèse que les animaux se sont transformés en même temps que les couches ? Avec une telle hypothèse, la continuité de la vie serait au moins garantie.

Les indices géographiques et géologiques en faveur de la théorie de la descendance sont des faits empruntés à d'autres sciences que la biologie elle-même; des faits qui ne concernent pas le vivant, mais seulement des choses en relation avec le vivant. Cette remarque n'est pas sans importance au point de vue

logique, car elle montre que ce n'est pas la biologie seule qui a conduit à l'hypothèse du transformisme. Si c'était le cas, le transformisme ne serait qu'une simple hypothèse ad hoc; mais cela n'est point, quoique par ailleurs nous soyons fort éloignés d'accorder que l'hypothèse du transformisme repose sur une causa vera.

Le second groupe de faits qui appuie la théorie de la descendance nous est fourni par la biologie ellemême, la biologie proprement dite ayant, en effet, des aspects sur lesquels rhy[)otlièse de la descendance jette une certaine lumière.

Il ne peut naturellement être question ici que de faits se rapportant aux différences spécifiques, de faits appartenant au domaine de la systématique. Dans la constitution essentielle du système des organismes, il y a quelque chose qui rend vraisemblable la théorie de la descendance, c'est que le système des animaux et des plantes repose sur un principe qu'on peut appeler « le principe de la gradation des ressemblances et des dissemblances »; ses catégories ne sont pas coordonnées, mais bien subordonnées les unes aux autres, en degré et en importance; et c'est selon des valeurs tout à fait dilTérentes que les dissemblances y sont disposées.

Or, ce caractère deviendrait, sans doute, plus compréhensible si nous supposions cjue la gradation des ressemblances et des dissemblances syslématicjues correspond à une parenté d'origine, qui irait également suivant une certaine gradation.

SUR UNE HYPOTHESE ACCESSOIRE INHERENTE A TOUTE THÉORIE DE LA DESCENDANCE.

Nous avons jusqu'à présent employé des mots très indéterminés et très métaphoriques, pour décrire ce qu'on pourrait nommer la valeur logique de la théorie de la descendance, pour désigner son importance en tant qu'explication. Nous avons parlé des « éclaircissements » qu'elle apporte, de la « lumière » qu'elle jette sur beaucoup de difficultés.

C'est à dessein que nous avons employé ces expressions. Il est en effet extrêmement important de se rendre clairement compte que partout où l'hypothèse du transformisme entre enjeu pour éclairer n'importe quel domaine de la systématique, il faut ajouter à la simple notion de la descendance une hypothèse d'appui particulière, cachée, il est vrai, et inconsciente. Et il faut, en fait, que cette hypothèse d'appui soit formée dès le commencement, sans aucun égard aux problèmes plus spéciaux de la descendance : c'est là une condition préalable sans laquelle le transformisme ne pourrait fournir aucune sorte d'explication en général.

Pour que la théorie d'après laquelle les organismes, malgré leurs dissemblances, sont parents entre eux par l'origine, ait vraiment une valeur explicative, il faut de toute nécessité supposer, en chaque cas, que les changements qui ont conduit la forme spécifique A à la forme spécifique B ont été de telle nature qu'ils ont transformé seulement en partie la forme primitive A; en d'autres termes : les ressemblances entre A et B

LA THÉORIi: DE LA DESCENDANCE ?I1

ne doivent jamais avoir été obscurcies par leurs dissemblances.

C'est seulement avec cette hypothèse, qui est une nouvelle hypothèse ajoutée à la théorie de la descendance proprement dite — une hypothèse d'appui qui concerne la nature même de la transformation, — c'est seulement avec cette hypothèse, presque dissimulée, qu'il est possible de dire que la théorie du transformisme « explique » en quelque manière les faits de la géographie, de la géologie et de la systématique biologique.

Donc ce qui se trouve « expliqué » par l'hypothèse de la descendance (y compris la supposition accessoire qu'au cours de la transformation les ressemblances l'ont toujours emporté sur les dissemblances), c'est le fait qu'effectivement, aussi bien dans la Paléontologie, dans la faune et la flore de certains groupes insulaires et continentaux que dans les diverses catégories du système organique, les ressemblances l'emportent sur les dissemblances. Les ressemblances sont ainsi « expliquées », c'est-àdire que nous concevons qu'elles reposent toutes sur un seul et môme principe : sur le principe de l'hérédité; et ainsi nous avons un problème à la place d'un nombre infini de problèmes. C'est là-dessus cjuc Wigand a accordé à la théorie de la descendance qu'elle procure « une réduction niinn'riipie des problèmes ».

En même* temps (jiir nous ('oiiijMenons ce (juc-Xplique la théorie de la desrciHlance, à l'aide de son hypothèse d'appui, nous comprenons aussi ce (pii ne peut pas être éclairci |)ar rllr : h»s dissemblances

présentées par les organismes, demeurent tout aussi inintelligibles, quand même nous savons que l'hérédité est responsable de ce qui chez eux est semblable et analogue. Et maintenant il ne peut y avoir aucun doute que les dissemblances sont ce qu'il y a de plus important dans le domaine de la systématique ; s'il n'y avait que des ressemblances, il n'y aurait certes pas de problème systématique, car aucun « système » n'existerait. Soyons donc satisfaits qu'il y ait des ressemblances parmi les dissemblances du système et que ces ressemblances soient expliquées en un certain sens; mais n'oublions jamais ce qui reste encore inexpliqué; et c'est ce que, par malheur, on oublie trop souvent.

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