ÉVOLUTION ET ÉPIGÉNÈSE DANS LEUR ANCIENNE ACCEPTION
L'organisme est un corps spécifique constitué par une combinaison caractéristique de parties différentes. Les ternies mêmes de cette définition signifient implicitement que l'organisme ditTère, non seulement des cristaux, mais aussi de toutes les combinaisons de cristaux, des dendrites, par exemple, qui sont formées par un arrangement caractéristique d'unités identiques. La nature de ces combinaisons dépend uniquement des forces de cbacune des parties qui les constituent. C'est pourquoi les dendrites, malgré leur apparence si caractéristique, doivent rire considérées comme des agrégats. Au contraire, l'organisme, même examiné très superlicicllemcnL no peut être regardé comme un agrégat.
L'organisme n'est pas toujours semblable à luimême ; pendant le cours de sa vie individuelle, la combinaison de ses parties passe d'une l'orme simple
à une forme complexe, il se développe. Il y a pendant le développement, pour employer les termes de Wilhelm Roux, « production d'une diversité visible ». Dans la présente analyse, purement descriptive, nous laisserons ouverte la question de savoir si une véritable « diversité » préexiste au développement, quoique sous une forme invisible^ ou si les mots « production d'une diversité » doivent être pris dans un sens absolu.
On n'a pas toujours admis en biologie et particulièrement en embryologie que la production d'une diversité visible est le fait essentiel de toute embryogenèse organique ou ontogénie.
Les discussions sur cette question ont rempli le xviii^ siècle. L'école d'Albert von Haller, de Bonnet et de leurs émules soutenait cette opinion que le développement ne consiste nullement en une production de parties différentes et nouvelles. On aurait eu affaire à une pure « évolution », c'est-à-dire à une simple croissance de parties visibles préexistant depuis l'origine, et, en fait, depuis l'origine de la vie. L'autre école, avec Blumenbach et G. F. Wolff à sa tête, soutenait, au contraire, la doctrine inverse, celle de l'épigénèse, dont l'exactitude s'est vérifiée par la suite au moins au point de vue de l'embryologie descriptive.
Ces divergences d'opinion étaient dans une cer- I taine mesure le résultat de l'état assez imparfait des 'instrjuments optiques de cette époque.
Mais, à côté de simples divergences de description, il y avait des convictions théoriques. U est impossible, disait l'une des écoles, qu'il y ait quelque production
MORPHOGENESE ELEME^TTAIRE /
vénlable de parties nouvelles ; celte production doit exister, disait l'autre école.
Nous aurons nous-même à nous occuper de ces questions théoriques. Notre dessein actuel est plus restreint et purement descriptif. Il est de grande importance de savoir en quoi consiste exactement, au sens purement descriptif, la « production d'une diversité visible » au cours de l'ontogenèse. La connaissance des différentes phases objectives de ce processus doit être en tout cas la base de toute étude sur la théorie du développement.
Mais Tembryologie descriptive ne peut être étudiée avec succès qu'au moyen d'un exemple concret. Nous choisirons le développement de l'oursin commun [EchipMs microtiiberculatiis), avec d'autant plus de raison que presque tous les travaux expérimentaux qui importent le plus à la théorie du développement ont été faits sur les germes de cet animal.