LART DE VIVRE HEUREUX
La philosophie d'nn homme, abstraction faite de toute idée scientifique et métaphysique, est la manière particulière dont il a réglé sa vie. Consisidérée au point de vue pratique, elle n'est donc ^ autre chose que la science du bien vivre et du bien mourir; Tart, qui souvent ne s'acquiert que par l'expérience, de voir toutes choses du côté favorable, de souffrir comme Figaro ce qui ne se peut empêcher, et de a rire sans en attendre l'occasion, de peur de mourir sans avoir ri (i). » C'est en ce sens que M'"^ de Tracy disait : « Nulle part l'on est heureux sans un peu de philosophie. »
(i) La Bruyère. — Caractères.
Si l'un des critiques les plus écoutés de notre époque a pu dire de La Fontaine : « On le relit dans sa vieillesse pour apprendre de lui comment l'on aurait dû vivre »; (i) c'est qu'apparemment, le bonhomme semble avoir vécu heureux. Aussi bien, sans suivre pour cela tous ses exemples, peut-on profiter des sages conseils qu'il donne çà et là dans ses fables pour atteindre ce but.
Horace disait : « Heureux ceux à qui les dieux ont d''une main économe accordé le nécessaire (2). » Pour La Fontaine également, le bonheur est bien dans cette médiocrité plus précieuse que l'or, qui met à l'abri des richesses et de la pauvreté, n'excite ni la jalousie, ni la pitié, et permet de vivre indépendant et libre. Tandis que le chêne altier battu par l'orage s'eflondre souvent avec fracas^ le frêle roseau résiste aux efforts de la tempête (3). De même, épargnant les petits et les humbles que protègent leur faiblesse et leur médiocrité, l'infortune précipite souvent du faîte des grandeurs les plus puissants et les plus riches. Si les situations
(i^ Emile Faguet. — Etudes Littéraires. (2) Horace. — Odes. Livre III-LXXXVI.
''3) La Fontaine. -^ Fahles. I-22.