‹ La philosophie de La FontaineChapitre 8 sur 14 · L ART DE VIVRE HEUREUX · texte numérisé non relu

L ART DE VIVRE HEUREUX

moyennes ne procurent ni plaisirs très vifs, ni honneurs insignes, du moins mettent-elles à couvert des grands malheurs.

Mais, chacun veut être un personnage et se distinguer du commun. L'Ambition ! Voilà bien selon le poète ce gui trouble et gâte la vie :

« Quel esprit ne bat la campagne

« Qui ne fait des châteaux en Espagne

« Autant les sages que les fous. »

Les uns désirent la puissance, les autres le nom de savants : tous oublient que :

« Les sages quelquefois ainsi que l'écrevisse « Marchent à reculons. »

Quelques-uns mêmes sont :

« Assez fous pour entreprendre « Des voyages en lointain pays. »

La Fontaine qui ne connaissait guère que Paris et Château-Thierry semble assez peu favorable aux excursions lointaines. 11 ne peut comprendre ces gens, qui plutôt que de vivre tranquilles et

contents de leur sort, sillonnent les mers à la poursuite de la Fortune^ « cette capricieuse"» qui leur échappe pour venir s'asseoir à la porte de l'homme qui l'attend dans son lit (i). Si au moins tous les voyageurs rapportaient de leurs courses errantes cette leçon que donnent les sauvages :

« Heureux qui vit chez soi « De régler ses désirs faisant tout son emploi. »

C'est encore par(arnbition à^e le petit bourgeois se grandissant à ses propres yeux se rapproche des grands, ne fréquente que chez les nobles, et selon le mot de Molière : « se mêle dans le brillant commerce. » Plutôt que de garder le coin du feu, le pot de terre part en voyage avec le pot de fer, comptant sur celui-ci pour le protéger; mais au bout de cent pas à peine, il se heurte contre son compagnon et vole en éclats (2) :

« Ne nous associons qu'avec nos égaux « Ou bien il nous faudra craindre « Le destin d'un de ces pots. »

(i) La Fontaine. — Fables. VII-12.

(a) La Fontaine. — Fahhs. V-a

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