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MOTIF DE LA CRÉATION

volonté dans son principe est donc la semence, le germe de l'esprit — les facultés proprement dites sont les organes qui servent au développement de la volonté, c'est elles qui procurent la transformation du gejme en fruit, de la volonté élémentaire, qui est instinct et vie, en volonté réelle et réfléchie, qui est liberté. La volonté est le centre de l'esprit ou du moi, et dès lors en disant que la volonté est l'essence universelle, nous ne faisons que donner une forme plus concrète à l'idée générale du spiritualisme.

Le spiritualisme, à son tour, est fondé sur la théorie de la connaissance. Les sensations sont superficielles ; la raison seule peut connaître le principe des choses; l'intuition intérieure nous donne seule l'idée de l'être. Pour notre esprit, pour ce qui dit en nous, je suis, il n'y a d'être que celui qui dit aussi, je suis, ou qui tout au moins se sent être; il n'y a d'être réel que l'être existant pour luimême, le sujet. Ainsi l'être réel est le sujet, le sujet réel, c'est la volonté : voilà le fond de notre système. Il se résume en termes bien simples; il peut se défendre sur le terrain de la psychologie, il a ses raisons d'être dans la conscience.

Le motif de la création ne saurait se trouver dans la nature même du principe, car un motif inhérent à la nature de l'absolu détruirait sa liberté. Si l'on veut un motif, il faut le chercher dans la créature possible. Nous trouvons dans cette idée, qui est

celle de l'amour, la seule raison qui puisse engager un être parfait à créer. La puissance, la sagesse et la bonté de Dieu se déploient dans la création, mais il ne crée pas dans l'intention de manifester sa puissance, sa sagesse et sa bonté ; son motif n'est pas d'acquérir une gloire superflue, mais de faire le bien d'un autre être; et s'il veut que ses perfections soient connues et célébrées, c'est que le plus grand bien de cet être consiste précisément à les connaître et à les adorer. Dans ce sens, mais dans.ce se h s seulement, nous disons que Dieu veut sa propre gloire. Tout revient à lui sans qu'il y ait en lui d'égoïsme, parce qu'il est l'accomplissement du bien. Il veut sa propre gloire, mais par amour; l'objet direct de son vouloir est le bien de la créature.

La perfection de ce bien, c'est d'aimer Dieu; la condition de ce bien, c'est la liberté. Ainsi la créature est primitivement libre. Elle est donc primitivement indéterminée ; elle est appelée à composer sa destinée, à produire sa propre nature ou à fixer son rapport avec Dieu, ce qui revient au même, car sa nature, sa destinée, ne sauraient dépendre que de son rapport avec Dieu. Elle est indéterminée, et toutefois son indétermination n'est pas absolue, puisque sa création n'est pas sans but. Libre, elle sera ce qu'elle voudra; mais comme elle doit être libre, elle doit vouloir sa liberté; sa liberté implique en elle-même une loi : la créature qui naît de l'amour est une créature morale.

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