XXIV PRÉFACE
ment contradictoires , il faut prendre parti pour Tune ou pour l'autre, il y a là une nécessité formelle qui ne saurait être éludée; mais lorsque nous essayons d'obéir à cette loi , nous sommes arrêtés par les phénomènes. De toute part nous voyons surgir des évidences contradictoires. Choisir entr elles devient impossible, car chacune d'elles possède ou semble du moins posséder sur nous un droit égal à la thèse opposée. L'apparente vérité de chacune ne saurait venir que d'une vérité effective, qu'il s'agit de dégager. La seule marche à suivre consiste donc à discuter simultanément les deux termes, en cherchant par une analyse des faits plus complète à leur donner une forme telle que leur conciliation devienne possible. Et en attendant que celle-ci surgisse comme une conception claire et distincte, il faudra bien se résoudre à envelopper les termes contraires dans un signe ou dans un dogme quelconque.
C'est l'expérience, par exemple, qui nous porte à affirmer une pluralité d'êtres. Je m'apparais à moi-même comme distinct de tout autre. La loi morale, dont j'éprouve et dont je veux reconnaître l'autorité, me fait croire à la réalité de cette apparence en m'imputant mes actions. Et pourtant une expérience, qui n'est point récusable à volonté, nous montre que les mouvements de toute espèce se communiquent de proche en proche.