XXVI PREFACE
Le désir de tenir un compte sérieux des deux côtés du problème m'a conduit à des conceptions qui ont paru choquantes à plusieurs critiques, et devant lesquelles j'ai moi-même hésité quelquefois, sans rien trouver qui puisse en tenir la place.
* Suivant moi, le devoir, dont la conscience est un fait, nous donne Dieu et notre liberté de choix, qui sont des dogmes, également essentiels l'un et l'autre. Du moment que Ton croit au devoir, il faut admettre, pour rester conséquent à cette vue, qu'il dépend de nous d'y manquer ou de l'accomplir. Il faut admettre aussi qu'il ne dépend pas de nous de lui ôter son caractère obligatoire, mais que l'ordre moral est fondé dans l'ordre universel ou plutôt qu'il en forme l'essence. Et concevoir l'ordre moral comme universel, c'est en réalité croire en Dieu, en prenant ce mot dans sa signification la plus populaire. Fichte luimême n'est pas parvenu à comprendre qu'une loi se tienne en l'air toute seule. La loi suppose l'être, et l'être c'est la volonté, mais la loi du devoir n'est pas ma propre volonté , quoiqu'elle puisse le devenir. Tout au moins faudrait-il distinguer en nous deux volontés : l'une qui a le droit de commander, l'autre qui peut désobéir. Mais ce n'est qu'une manière de revenir à Dieu. L'affirmation d'une volonté qui a droit sur la nôtre, d'une volonté parfaite en soi, nous conduit