XXVIII PREFACE
ditionnel, ils le nomment Dieu. Ils ajoutent que Dieu est esprit, parce qu'ils ont coutume de désigner sous le nom d'esprit le seul être qu'ils connaissent expérimentalement, savoir le leur propre. L'être existant pour lui-même est esprit, donc Dieu est esprit. Telle est la marche de leur pensée, que chacun suit aisément jusque-là. La difficulté commence au moment où l'on comprend pourquoi cette analogie de l'esprit humain est insuffisante et trompeuse. L'esprit que nous connaissons est fini, limité par la contradiction. Nonseulement il est libre et sujet du devoir, c'est-àdire appelé à se déterminer lui-même dans une direction donnée d'avance , mais, à quelque moment que nous le prenions, il est déjà déterminé en quelque manière; il est libre dans les limites d'une nature donnée, il est ensemble acte et puissance, pour nous servir des termes techniques, dont il est impossible de se passer si Ton veut s'entendre. Tel est l'être fini, le seul que nous puissions nous représenter, mais évidemment ce type est la propre négation de l'inconditionnel, de l'éternel. Celui-ci ne saurait être partiellement déterminé, partiellement indéterminé. Nous ne saurions distinguer sa volonté, sa nature et son idéal. Entre ces abîmes, l'indétermination ou la détermination absolues, la puissance pure ou l'acte pur, il faut choisir. Le plus grand nombre a choisi l'acte pur, qui semble en effet le moins