PRÉFACE XXXIII
et par conséquent de la liberté divine. Ce que la science demande de son côté, ce n'est pas la nécessité du mouvement universel, mais c'est l'immuable fixité des lois du monde, lesquelles peuvent très bien être considérées comme l'expression d'une volonté réelle. La formule consacrée : semel jussit, semper paret exprime naïvement l'accord cherché entre le postulat de la science inductive et le théisme populaire. En la dégageant de son apparence anthropomorphique, elle revient à la nôtre : « les actes de volonté émanant de la liberté absolue sont eux-mêmes absolus. > Pour se produire comme une conséquence logique du premier principe, cette thèse ne se fonde pas moins sur l'expérience.
Ce n'est point sans doute l'expérience directe qui détourne l'esprit du miracle , car, à proprement parler, les preuves de la négative sont impossibles ; mais, indirectement, c'est bien l'habitude de s'occuper des faits sensibles et d'en poursuivre l'enchaînement qui a fait apercevoir les conditions auxquelles il est possible d'en obtenir l'intelligence. C'est dans ce sens et dans ce sens uniquement que l'immutabilité des lois naturelles peut être appelée une vérité d'expérience. C'est la vérité qui préside à la constitution de l'expérience; s'en écarter, c'est renoncer à la possibilité du savoir. Et notre théorème sur le caractère absolu des actes de la volonté
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divine se présente comme Tunique moyen de concilier la possibilité de la science et la légitimité de la religion.
D'ailleurs, c'est bien réellement un théorème. Nous ne saurions comprendre qu'un esprit possédant l'intelligence infinie veuille une chose sans en vouloir toutes les conséquences. Dès lors , si l'enchaînement des causes et des effets que nous voyons régner dans l'univers prend son origine dans une volonté intelligente, l'univers que nous connaissons ne peut, dans la totalité inconnue de l'espace et de la durée, être compris autrement que comme l'effet et l'expression d'un seul et même acte de volonté, où sont naturellement renfermées les lois de notre propre raison et la manière même dont nous pouvons concevoir l'idée de Dieu.
Les reproches de quelques critiques montrent qu'ils n'ont pas tenu compte de cette thèse essentielle; d'autres l'ont censurée avec quelque amertume, plutôt qu'ils ne Pont combattue. Leur répulsion se fonde, sur des motifs qui, dans cet instant même, ne sont pas sans effet sur moi, mais abandonner le point discuté serait évacuer purement et simplement le terrain de la philosophie, en proclamant l'incompatibilité de la science et de la religion.
Il pourrait sembler que par un brusque changement de front nous passions de l'indétermi-