PRÉFACE XXXVII
positive de Tordre sensible ; tout manquait à son auteur pour cela. C'est sur le fait primitif de Tordre moral qu'elle repose. Le monde moral est tout son objet. Il s'agissait seulement de ne rien avancer d'incompatible avec les postulats nécessaires de la science ; c'est à cette condition que nous semble avoir satisfait Tidée d'un ordre invariablement' voulu, mais non déterminé de tous points. Son indétermination même est voulue, plusieurs chemins peuvent conduire au même but ; ce qui constitue Tordre du monde; c'est la fixation du but et du champ des possibles.
Il est inutile de nous arrêter aux rapports entre la doctrine de l'absolue liberté et celle de la création. Toute production résultant de la nature même d'un être ne constitue à proprement parler que la manifestation de cet être lui-même. S'il y a création, Ton ne peut donc la connaître que par l'expérience; on ne saurait la déduire. Aussi ne Tavons-nous point déduite. Ceci revient adiré que le motif de la création ne saurait résider que dans la créature , que la création est voulue pour elle-même , thèse réellement impliquée dans le sens du mot création.
Mais en quoi consiste la création elle-même? Dans le cercle où nous pourrions choisir, Tidée là plus rapprochée des phénomènes et la plus conforme à nos habitudes d'esprit serait sans doute celle d'une pluralité de forces spirituelles ou de
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monades. Au lieu de cela, nous avons supposé une seule créature primitive, dont s'est effarouché plus d'un lecteur. Elle ne pouvait manquer de rappeler l'Adam Cadmon de la Cabale , le démiurge gnostique, que sais- je encore? C'est un point scabreux, mais n'oublions pas qu'il s'agissait de produire une explication des faits propre à justifier l'autorité des idées morales. Eh bien! la solidarité des destinées, très particulièrement l'universalité solidaire et nécessaire du mal et de la souffrance, telle que nous la constatons aussi loin que s'étend notre vue, ne se concilient absolument que par l'unité de la créature avec la supposition d'un ordre de justice fondamental et permanent. On fait très bien voir, sans beaucoup de peine, comment le mal une fois introduit dans une société d'êtres moraux, il est inévitable qu'il se propage et s'universalise. Mais les philosophes n'ont pas mieux montré comment ce résultat inévitable est conforme à l'idée morale, que les théologiens orthodoxes n'ont su concilier avec la justice leurs théories sur la transmission matérielle du péché. L'universalité nécessaire de la corruption dans le monde et la pluralité primitive des êtres qui le composent sont deux morceaux coupés à des pièces différentes, que le plus habile ouvrier n'accommodera point. Mais si le péché originel n'est qu'une formule décriée, l'universalité du mai est, dans ses limites, un fait