PRÉFACE XXXIX
contre lequel on essaie en vain de regimber. Quelqu étrange qu'elle paraisse, quelqu'embarras qu'on éprouve à la préciser, notre thèse sur l'unité de la créature nous paraît donc justifiée suivant nos propres critères : l'universalité du mal dans le monde ne se concilie avec la justice qu'en admettant la faute d'un sujet libre qui forme la substance même du monde.
Et ce n'est pas seulement la considération du mal qui nous conduit forcément à cette unité, c'est également celle du bien. L'amour est le fondement nécessaire de toute justice. L'amour tend à réalise? l'unité ; l'unité des êtres moraux se présente donc comme le but du monde, et, d'une manière formelle , le but ne saurait être que la réalisation de l'essence.
Toutefois notre hypothèse ne serait pas seulement impuissante, elle irait positivement à contrefins si elle ravalait l'individu au rang d'une pure apparence, puisqu'elle ferait évanouir la responsabilité. L'amour, la liberté posant la liberté fait comprendre la possibilité du mal dont l'expérience atteste la réalisation, mais l'idée de la restauration permet seule de concilier cet amour créateur avec le mal dans sa réalité. Les individus seront donc pour > la théorie ce que l'idée morale les appelle à devenir par leur propre activité pratique : savoir, les instruments de la restauration universelle, mais des instruments