‹ La Philosophie de la LibertéChapitre 42 sur 103 · RECHERCHE DU PRINCIPE ARSOLD · texte numérisé non relu

RECHERCHE DU PRINCIPE ARSOLD

QUATRIÈME LRÇON

Fonction de la philosophie dans l'humanité. Philosophie ancienne. Philosophie moderne, double courant dans ceHe-ci. Coup d'oeil sur la philosophie grecque. Ioniens, Pythagoriciens, Eléates : ces derniers posent le problème : l'absolu. Sophiste», premier scepticisme. Socrate le surmonte par un appel à la conscience morale. — Platon résume la philosophie antérieure. Lacune au sommet. Il arrive à l'uuité de Parménide et repart du Dieu de Socrate. — Aristote, par son principe, l'acte pur ou la pure pensée, explique Tordre du monde, mais non son origine ; il ne s'élève pas au-dessus du dualisme. — Les Néoplatoniciens combinent Platon et Aristote. Ils expliquent l'origine du monde par l'émanatisme, qui a l'idéalisme à sa base, niais qui renferme une contradiction. Importance unherselle du néoplatonisme. — Philosophie chrétienne. Les Pères de l'Eglise formulent le dogme à l'aide de la philosophie ancienne. La scolastique l'accepte et le démontre. Oppositions dans la scol astique. La scolastique pure pose la distinction entre les vérités démontrables et les vérités indémontrables, et par là ouvre la porte au rationalisme. Preuves de l'existence de Dieu.

Si nous croyons saisir une loi progressive dans l'histoire de la pensée humaine, nous n'entendons pas ce progrès comme le panthéisme idéaliste, pour lequel la philosophie est la réalisation de l'esprit absolu. L'intelligence n'est à nos yeux que la réflexion de la volonté sur elle-même. Cette réflexion suppose un premier exercice, un premier déploiement, une première détermination de la volonté, qui donne à l'être tout entier son caractère, et fixe la nature de l'intelligence.

Puis la volonté humaine n'est pas son propre

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principe, elle n'est pas le principe de l'être, elle se déploie dans des conditions qu'elle n'a pas produites et dont il ne dépend pas d'elle de s'affranchir. De là résulte pour l'intelligence une limitation nouvelle, dont elle ne saurait se rendre compte aussi longtemps qu'elle y est soumise, mais qu'elle peut reconnaître plus tard, lorsque les circonstances ont changé. La philosophie est un effort de l'esprit humain pour se comprendre lui-même ; il ne peut se comprendre que tel qu'il est. La philosophie d'une époque répond à la condition générale de l'humanité durant cette époque ; elle répond à ce qui fait la réalité de sa vie, c'est-à-dire au rapport qui nous unit au principe de toutes choses, et qui se traduit d'abord par la religion.

La doctrine de la nécessité semble être le complément et le premier correctif apporté au polythéisme par le sentiment religieux lui-même; aussi ne voyons-nous pas que la philosophie ancienne se soit réellement élevée au-dessus de l'idée de la nécessité. La liberté de Dieu y apparaît un instant, mais on ne sait d'où elle vient, elle n'est point justifiée et contredit tout le reste.

La condition de la philosophie chrétienne est différente : le rapport essentiel entre l'homme et Dieu est changé; rendu à la liberté, l'homme peut désormais s'élever à la conception de la liberté. Mais ce changement, universel en quelque sens, ne s'accomplit pourtant que chez ceux qui le veulent. Par

l'effet du christianisme, il se forme pour ainsi dire deux humanités ; dès lors aussi deux sciences, deux philosophies, dont les courants se pressent dans le même lit sans confondre leurs flots. Distinctes, et cependant entrelacées, indispensables Tune à l'autre, Tune est la philosophie chrétienne, l'autre reproduit et continue la philosophie ancienne, qu'elle oppose au principe nouveau dans un esprit d'hostilité toujours plus prononcée, tout en le servant par cette opposition même. Nous distinguons ces deux philosophies, nous ne pouvons pas les séparer.

Le but de ces études nous porte à nous attacher essentiellement à la philosophie moderne, à partir du moment où elle s'est constituée comme science indépendante. Nous rappellerons en quelques mots les périodes antérieures, pour faciliter par ce rapprochement l'intelligence de la dernière. Laissant de côté les doctrines orientales, dont l'influence sur l'esprit moderne est réelle sans doute, mais difficile à nettement apprécier, jetons d'ahord un coup d'oeil sur la Grèce.

L'école dlonie ne conçut pas le problème de la science dans toute sa généralité. Elle cherche le principe du monde phy&ique, et croit le trouver d'abord dans quelque chose d'analogue aux phénomènes dont elle veut rendre Gompte, Elle explique l'ensemble des faits sensibles par un fait du même ordre. Ses principes sont des substances ou des for-

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ces physiques : l'eau, l'air, le feu, l'attraction, la répulsion.

Les Pythagoriciens cherchent aussi la cause des phénomènes, non plus du monde physique seulement, mais aussi du monde moral. Leur pensée est assez mûre pour comprendre que les vrais principes des phénomènes ne peuvent pas appartenir euxmêmes à Tordre phénoménal ; aussi ne les cherchent-îls point parmi les choses corporelles ou dans les affections morales, mais dans le pur élément de la forme et de la pensée, qui semble appartenir également à toutes les sphères de la réalité. Ce ne sont plus l'air et le feu, l'amour et la haine; c'est l'impair et le pair : la monade, principe de l'unité, de la concentration, de la forme et de la pensée ; la dyade, principe de la pluralité, de l'expansion et de la matière.

L'école d'Elée eut la gloire de placer la philosophie dans son centre, en lui assignant pour tâche le développement de l'idée de l'absolu. L'être est, le non-être n'est pas : ce mot est le drapeau des Eléates; c'est à peu près tout leur système. La philosophie des Eléates a pour objet le déploiement d'une seule idée. Cette idée, ils ne la saisissent pas, puisque l'être absolu, tel qu'ils le comprennent, est incompatible avec l'existence du monde ; lorsqu'il s'agit d'expliquer le phénomène, Parménide est obligé de recourir à d'autres principes.

Le sensualisme ionien, en laissant la vérité sans

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