‹ La Philosophie de la LibertéChapitre 44 sur 103 · NÉOPLATONISME · texte numérisé non relu

NÉOPLATONISME

tre parfait. Le Dieu d'Aristole ne faU pas comprendre l'existence du fini. Le péripatétisme ne donne aucune réponse à la première question que se pose l'esprit lorsqu'il se met en quête d'un système: quel est le principe de l'être? Dans ce sens, le péripatétisme n'est pas un système, et c'est peut-être pour cela qu'il a pu subsister si longtemps en bonne harmonie avec la théologie chrétienne. Comme la question de la création n'est pas touchée dans Aristote, on fut longtemps sans paraître s'apercevoir que le Dieu d' Aristote n'est pas un Dieu créateur.

Cependant la science marche. L'idée de l'être inconditionnel se détermine peu à peu, les pertes apparentes qu'elle subit sont compensées par des progrès supérieurs. Dieu n'est plus, comme chez Platon, le foyer des oppositions, la source des idées; il a rompu tout lien avec la pluralité ; en revanche, il a acquis la conscience de lui-même, qui est ici clairement comprise et formellement enseignée. Tout en conservant avec soin cette précieuse conquête, Plotin rendra au principe suprême sa fécondité, et complétera la notion de l'intelligence.

Le néoplatonisme, auquel nous passons sans nous arrêter aux systèmes d'Epicure et de Zenon, qui n'ont pas de métaphysique originale, le néoplatonisme, lui, pose franchement la question de l'origine des choses. Il la résout par l'émanation. Les puissances inférieures et les choses particulières découlent du principe suprême par l'effet d'une production né-

cessaire, éternelle. Il appartient à l'essence de l'être réel de produire son semblable, ou plutôt la réalité de son être consiste en cela, car l'être c'est l'activité ; être c'est agir, c'est produire. L'être premier produit donc un être semblable à lui. J'ai dit semblable, et non identique; ils sont profondément distingués l'un de l'autre par cela seul que le second a une cause, tandis qu'il n'y a rien avant le premier. Il ne peut y avoir qu'un seul terme absolument parfait, le second déjà ne Test plus; et comme être c'est produire, la production du second est moins parfaite, il se réalise moins complètement dans son image, en sorte que le troisième terme diffère plus du second que le second ne diffère du premier; la distance qui sépare les échelons grandit toujours. Ainsi de l'unité absolument simple, incompréhensible, procède un principe moins pur, où nous trouvons déjà la dualité du sujet et de l'objet, du savoir et de l'être, sans laquelle il n'y a pas d'intelligence possible. De l'Intelligence diuine naît à son tour le principe du mouvement, de la vie et de la volonté, c'est l'Ame universelle, le créateur. De l'Ame vient enfin le monde, c'est-à-dire la hiérarchie des esprits du monde, jusqu'à ce qu'on arrive à un principe trop imparfait, trop dépouillé pour pouvoir produire encore une image de lui-même. Cet être inerte et privé de l'être, c'est la matière.

Si l'on demandait aux néoplatoniciens par quelle voie ils obtiennent leur unité absolue et leur prin-

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