DUNS SCOT
pace sont les formes dans lesquelles se réalisent les contraires.
Cependant une volonté libre implique un but. Scot ne prétend point que la création soit sans but. Il place ce but, plus expressément encore que ne le fait Thomas, dans l'idée de l'amour de Dieu pour l'être dont il conçoit l'existence possible ; mais il n'entend pas, comme Thomas, épuiser par cette notion d'amour ou de bonté la nature essentielle de Dieu ; ce serait le sûr moyen de l'altérer et de la perdre. Si la création est libre parce que la créature est libre, l'amour, qui seul explique cette création, est lui-même un libre amour. C'est l'expression du fait, c'est la forme que revêt l'absolue volonté, c'est le but que Dieu s'est proposé, son intention première, qui se manifeste à nous comme la fin suprême.
J'insiste avec quelque force sur ces idées, parce que je les adopte. Les occasions d'y revenir ne sauraient nous manquer. J'en ai dit assez aujourd'hui pour faire voir jusqu'où l'intelligence, fécondée par le christianisme, s'était avancée dans la recherche de son objet au siècle qui bâtit les cathédrales.
Jean Scot mourut à Cologne. Sa tombe ignorée repose au pied des murs, alors fondés à peine, que de fidèles mains s'efforcent aujourd'hui de réunir en voûtes harmonieuses ; mélancoliques débris d'un âge immense, où la pierre et la pensée semblaient fleurir au souffle puissant de l'infini.