SEPTIÈME LEÇON
Spinosa. — Sa philosophie naît de la confusion qui règne chez Descarte9 entre l'absolu véritable et l'idée immédiate de l'absolu . La rigueur de ses démonstrations n'est qu'apparente, car il se fait tout accorder dans les axiomes et dans les déGnitions. Spinosa définit la substance: cause d'elle-même; mais il tire peu de parti de cette définition, qui n'a chex lui qu'une valeur négative. La causalité dont il parle n'est pas un acte ; aussi n'arrive-t-il pas à l'activité et ne réussit-il pas à rendre compte du fini.
La véritable partie progressive du cartésianisme se trouve dans le système de Spinosa. En effet, Spinosa accepte tacitement tout ce que Descartes a démontré. II tente l'explication des choses en partant des notions vraiment scientifiques du cartésianisme, des notions qui résultent d'un emploi sévère de sa méthode. Descartes pense trouver immédiatement dans la conscience une idée suffisante du premier principe ; il ne fait rien pour élever cette idée audessus de sa forme immédiate. Mais ce que nous trouvons immédiatement dans la conscience, c'est la notion d'un être inconditionnel en général, d'un être qui possède en lui-même les conditions de son existence , qui existe par lui-même ou qui n'a besoin d'aucun autre pour exister. Le principe premier du cartésianisme entendu sévèrement n'est donc pas ce que Descartes appelle Dieu, mais ce qu'il nomme la substance ; et comme Descartes n'a rien fondé sur
ikh LEÇON VII
le principe ainsi défini, c'est de là qu'il fallait partir pour continuer le cartésianisme.
-Le juif portugais accomplit courageusement le dessein que le gentilhomme catholique avait fièrement annoncé. Il coupa le dernier lien qui attachait la philosophie aux traditions religieuses, pour l'asseoir uniquement sur l'évidence rationnelle.
Spinosa établit d'abord sans trop de difficulté que la substance qui existe par elle-même est une et infinie.
De cette substance unique, infinie et dont nous ne savons autre chose sinon qu'elle est la substance, il s'agit de passer à la pluralité des êtres; il faut en tirer un système qui fasse droit à nos convictions naturelles, qui embrasse l'expérience . tout entière et qui l'explique. Si le système ne satisfait pas à ces conditions, nous en conclurons qu'il n'est pas vrai. Que si, l'expérience faite et tout bien considéré, nous voyons qu'il est impossible de répondre à nos justes exigences en partant du principe tel que nous l'avons défini, nous jugerons que l'idée du principe est fausse elle-même, c'est-à-dire que, pour connaître le principe réel du monde, il ne suffit pas de savoir qu'il est la substance ou, comme dit Spinosa, causa sui. Telle est en effet la conclusion que nous impose l'examen du spinosisme, non - seulement par ses résultats, qui sont inadmissibles, mais encore par la violence que nous lui voyons faire à la méthode pour arriver à un résultat quelconque.