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séparés. Celle de la substance repose sur une nécessité de la raison ; celles de l'attribut et du mode sont en l'air. Rien ne prouve que la substance ait nécessairement des attributs, moins encore tels ou tels attributs ; rien ne prouve que la substance doive posséder des modes. Cette philosophie ne découle donc pas d'un seul principe, et dès lors elle n'est pas réellement progressive. Indépendamment des autrès conditions qu'un système doit remplir, la seule imperfection de sa forme nous obligerait à repousser le spinosisme.
Mais si le système de Spinosa n'est pas achevé, il montre cependant ce que doit être un système. Spinosa s'est attaché sérieusement à la solution du vrai problème scientifique: comprendre toutes choses dans leur principe et par leur principe, c'est-à-dire les comprendre comme résultant du principe, en les rattachant à celui-ci par un lien fondé sur sa nature. Ce lien est ici la nécessité logique, parce que le principe est lui-même pure nécessité. — Si la pensée était arrivée à concevoir un principe librç, les articulations du Tout pourraient être des motifs et des actions libres.
Le spinosisme paraît susceptible de quelques perfectionnements formels, qui en augmenteraient à la fois la souplesse et la cohésion; mais au fond il n'est guère possible d'arriver à quetque chose de sensiblement différent en partant de l'idée spinosiste de Dieu, être abstrait, pur objet, immobile, absorbant
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tout dans son identité. Cette conception résume un point de vue qui ne se développe, même incomplètement, que par des tours de force, et qui contredit les besoins de l'esprit aussi bien que ceux du cœur.
Et pourtant nous ne saurions repousser absolument le principe de Spinosa. Sa définition de la substance est d'une incontestable vérité. Il y a un être qui subsiste de lui-même ; cet être est un, il est infini. Mais cette détermination du principe est insuffisante, il faut la pousser plus loin, et si Ton veut le faire d'une manière sûre, il faut peser les premiers énoncés avec l'attention la plus scrupuleuse.
La philosophie aspirant à devenir la science au sens absolu du mot, elle doit commencer par le véritable commencement, c'est-à-dire par une vérité qui soit la première, non seulement pour nous, mais en elle-même. Elle a donc, à le bien prendre, deux commencements, distincts au moins pour la pensée: la vérité première relativement à nous, dans l'ordre de l'acquisition de nos connaissances, et la vérité première en soi, dans l'ordre de l'être. Cette distinction est parfaitement marquée chez Descartes. La première vérité pour nous, c'est le cogito; la première vérité en soi, c'est Dieu. Mais l'idée de Dieu est une idée infiniment concrète, qui s'élabore progressivement, comme nous l'avons vu déjà dans la philosophie ancienne. Il y a donc une série de définitions de Dieu toujours plus complètes, correspon-
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daot aux degrés successifs du développement de la pensée. Cette réflexion, qu'un coup d'oeil sur l'histoire devrait suggérer à tout esprit sérieux, nous conduit à combiner Tordre de l'être avec celui de la connaissance et à reconnaître que la première vérité, le commencement naturel de la philosophie propre* ment dite, n'est en réalité ni le moi, ni Dieu, mais une idée qui est en quelque sens première dans les deux ordres à la fois, je veux dire la première vérité certaine et portant sur l'être premier, la première définition de Dieu. Ce n'est pas l'idée de l'être parfait, car, au début, l'idée de l'être parfait n'est qu'un problème; l'idée de l'être parfait serait nécessairement la plus parfaite de* idées; celle dont il s'agit est, au contraire, la plus nue, la plus abstraite, la plus imparfaite des conceptions de l'Etre ; il est impossible de penser à l'Etre et d'en penser moins que cela. Descartes n'exprime donc pointcette notion dans sa définition de Dieu, qui est infiniment supérieure. Cependant il la possède, quoiqu'il ne la mette pas à sa place et qu'il n'en présente que le côté négatif dans sa définition de la substance, «ce qui n'a besoin d'aucun autre pour exister. » En effet, l'idée la plus nécessaire, dont nous ne pouvons pas faire abstraction, et qui certainement doit répondre à quelque chose de réel, c'est celle de l'Etre, de l'être existant par lui-même, de l'être qui est cause de lui-même, de la substance. Spinosa le comprit, il mit l'idée de la substance au commencement de