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NÉCESSITÉ D'UNE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNB

Nous vivons au milieu d'une révolution dont le commencement date de la jeunesse de nos pères. Une révolution , c'est l'histoire qui finit et qui recommence. La pensée moderne traverse, elle aussi, les crises d'une révolution ; mais , incapable de se donner un point de départ à elle-même , elle ne saurait, sans se détruire, répudier absolument celui qu'elle a reçu.

La substance de notre pensée , la source féconde de nos mœurs , de nos lois , de nos arts , de toute cette civilisation qu'on a pu ébranler, mais qu'on ne remplace pas, c'est le christianisme. Il faut raccorder, pour peu qu'on examine les faits sans prévention , quelque opinion qu'on ait d'ailleurs sur ce grand événement et sur cette grande doctrine.

Le christianisme a régné longtemps comme fait social, sur le fondement de l'autorité, s'imposant aux consciences individuelles et les dominant avant de les transformer. Aujourd'hui le christanisme social tend à s'effacer , toutes les formes de la foi d'autorité sont ébranlées. L'œuvre que la Réforme a commencée sans le vouloir, en proclamant le droit de chaque fidèle à interpréter les saintes Ecritures, la philosophie et la révolution française l'ont menée à fin. La philosophie du XVIIme siècle a essayé d'écarter la tradition, parce qu'elle voulait se constituer d'une manière indépendante. La philosophie du XVIIIme siècle a repoussé la tradition , parce qu'elle en avait perdu le sens et la tenait pour une impos-

ture. La philosophie du XIXme siècle repoussait la tradition, parce qu'elle croyait l'avoir absorbée. Elle se flattait de posséder dans ses formules l'éternelle vérité du christianisme , et niait le fait historique, qu'elle estimait en contradiction avec ce christianisme éternel. A ses yeux, il ne saurait y avoir de révélation dans le sens d'un dialogue entre Dieu et l'esprit humain, puisque son Dieu, à elle, n'acquiert la faculté de parler qu'en devenant lui-même l'esprit humain ; mais la tradition chrétienne s'expliquait comme un mythe successivement élaboré selon les lois constantes de l'intelligence, qui, dans son premier mouvement, saisit toujours la vérité sous la forme de mythe. Je suis loin d'accepter toutes les thèses de la critique négative destinées à justifier cette interprétation en prouvant que les livres de l'Evangile ne sont pas authentiques ; mais elles ont paru quelquefois assez plausibles pour suggérer un doute à des esprits désintéressés. Quoi qu'il en soit, en renonçant à toute autre autorité que celle de la révélation écrite, le protestantisme s'est imposé la tâche de prouver scientifiquement l'authenticité de cette révélation et d'en fixer le contenu. En faisant du christianisme une affaire individuelle , il a imposé le même devoir à tous les chrétiens pris individuellement; mais, loin que chaque membre de l'Eglise soit capable d'accomplir une telle œuvre, elle surpasse peut-être les forces des plus savants et des plus sages. Ainsi la réforme du XVI"16 siècle , en se

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