NÉCESSITÉ D'UNE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE
fondant sur l'autorité et en établissant la révélation écrite comme autorité exclusive, se plonge dans des embarras insolubles, qui tendent au renversement de toute espèce d'autorité. Les hommes sincères se mettront facilement d'accord sur ces faits , mais ils n'en tireront pas tous les mêmes conséquences.
En rapprochant cette situation du protestantisme des transformations que subit l'Eglise romaine et du mouvement général des esprits, il serait assez naturel de penser que le christianisme se meurt. Malgré quelques retours temporaires, le mouvement semble aller dans ce sens. Ceux qui croient le christianisme immortel jugeront que la crise présente n'atteindra pas la substance divine de la religion, mais seulement ses rapports avec la société et la manière scientifique de s'en rendre compte. Le christianisme ne saurait devenir une question pour eux, mais oui bien l'église et la théologie, graves problèmes dont on n'a pas toujours assez compris la solidarité. Si le christianisme légal et social se décompose, s'ils voient les efforts tentés pour arrêter cette dissolution conspirer à la rendre plus rapide, ils en concluront que le moment du christianisme individuel est venu, et, sans s'effrayer de leur petit nombre, ils remplaceront l'établissement d'autrefois, qui n'est plus guère aujourd'hui qu'une fiction, par la libre association. S'ils trouvent de grands obstacles à légitimer l'autorité commune à tous les fidèles, ils se réfugieront sur le terrain où leur conviction
personnelle s'est affermie, et concluront de la foi au livre comme on a conclu jusqu'ici du livre à la foi. Le chrétien qui veut rester chrétien, est obligé de chercher les raisons de sa croyance au-dessus de la sphère où se meut la critique. Et la question n'est pas particulière à telle fraction de l'Eglise. Ce que la philosophie conteste, c'est la possibilité même d'une révélation. Si la religion veut conserver uu rapport positif avec la science, s'il doit subsister encore une science de la religion, c'est la possibilité d'une révélation qu'il faut prouver. À cet effet, il est besoin d'une philosophie assez élevée, assez compréhensive, pour mettre le principe de la religion révélée, la libre personnalité de Dieu à l'abri des objections du panthéisme, en établissant la supériorité de ce principe sur le principe du panthéisme. Qu'il s'agisse de la révélation comme fait historique, ou du fonds même de cette révélation, dont il faut concilier les éléments pour l'accepter sérieusement et toute entière, c'est toujours au principe universel qu'il faut remonter, c'est toujours une philosophie qu'il faut acquérir. La preuve traditionnelle a pour corrélatif une religion sociale; la preuve d'expérience personnelle, indispensable à la réalité de la foi, ne produit qu'une conviction incommunicable. Pour se maintenir sur le terrain de la libre discussion, la religion cherchera ses titres dans des vérités universellement démontrables, c'est-à-dire que la philosophie reproduira, sans l'altérer, le principe