NÉCESSITÉ D'UNE MÙL0S0PH1E CHRÉTIENNE
de la religion, et que la théologie, à son tour, pour tout ce qui n'est pas la détermination, mais l'explication des faits, se confondra désormais avec la philosophie. Telle est, ce nous semble, la seule manière dont le christianisme puisse rester debout dans la situation présente de l'humanité, et conserver sa valeur universelle, tout en devenant parfaitement individuel. Si le christianisme est éternel, cette marche sera suivie. Nous voyons qu'en effet la pensée chrétienne s'apprête à la suivre. Ce n'est pas le christianisme qui s'en va, c'est la foi d'autorité. Les fondements de l'autorité s'ébranlent, il est vrai, mais pourquoi? Tout simplement parce que l'autorité n'est plus nécessaire, du moment où l'esprit humain est arrivé au point de reconnaître librement dans le christianisme le moyen de satisfaire ses besoins intellectuels aussi bien que ses besoins moraux.
Le passage de la foi d'autorité à cette libre soumission fondée sur des motifs intérieurs ne saurait s'effectuer sans une crise. Ce changement est d'autant plus frappant que l'acceptation réelle du christianisme suppose toujours un sentiment plus ou moins vif du mal auquel il apporte un remède, c'est-à-dire une certaine énergie de la conscience morale; d'où suit que cette adoption reste l'affaire d'un petit nombre, tandis que la religion publique semblait appartenir à tous. Jadis le préjugé plaidait pour le christianisme, maintenant il lui est contraire,
et c'est toujours une position difficile que d'avoir le préjugé pour ennemi. Cependant une foi sincère y verra plus de sujet de se réjouir que de s'affliger. Elle s'expliquera d'ailleurs sans peine comment il arrive qu'au moment même où les institutions cbré tiennes s'ébranlent et s'affaissent, la pensée philosophique retourne au principe chrétien.
Les convictions dont je parle se sont formées par un mouvement assez naturel.
La philosophie idéaliste où le criticisme vint aboutir, est comme un tourbillon formé par des vents opposés. Elle était nécessairement obscure, cette philosophie, parce qu'elle était équivoque ; elle pouvait se développer dans plusieurs directions contraires. Toutes ces directions devaient être suivies, toutes les possibilités devaient se manifester. Le trait dominant de la philosophie dont nous parlons est le panthéisme. — Le champ de la pensée est une sphère. Le sujet et l'objet, l'homme qui pense et la vérité, n'avaient été jetés par Kant bien loin l'un de l'autre que pour se réunir plus étroitement de l'autre côté du diamètre. Cette réunion fut d'abord une absorption du second terme par le premier. Le sujet et l'objet furent confondus. Une logique inexorable constata que toutes nos conceptions viennent de nous-mêmes, que le sujet produit l'objet, que la pensée crée Dieu comme elle crée le monde. En dégageant cette doctrine de l'analyse sur laquelle elle se fonde, pour nous attacher au résul-