LE MONDE EST UNE VOLONTÉ DE L'ABSOLU
déjà une réponse 1 — L'univers ne serait donc qu'un seul fait, le fait où tout est compris, le fait qui résume la Science, dont l'absolue liberté n'est proprement que la limite. Le besoin d'unité, qui fait l'essence de notre raison , trouve dans cette idée une satisfaction positive que l'idée transcendante de la liberté ne lui donnait pas encore.
L'absolue liberté n'est que l'unité en soi , pour ne pas dire l'égale puissance de l'unité et de la multiplicité; en réalité nous ne savons pas ce qu'elle est, quoique nous soyons obligés de l'affirmer. Mais l'acte absolu qui pose le monde est l'unité du monde, l'unité réelle des choses; cet acte est Dieu dans lé monde, c'est le Dieu du monde. La philosophie veut un principe des choses inhérent aux choses ellesmêmes, un principe immanent, comme on dit aujourd'hui : elle a parfaitement raison ; mais l'immanence véritable n'exclut point la transcendance , au contraire ces deux idées s'appellent l'une l'autre et se complètent.
Le principe mobile, transcendant, supérieur au monde et par conséquent à la pensée, dont il forme la limite, c'est l'absolu en essence ou en puissance; mais le principe fixe, immanent, immuable, nécessaire , c'est le Dieu réel , tel qu'il est en fait pour nous, c'est notre Dieu, ou plus simplement c'est Dieu; car Dieu n'est pas une substance, une chose infinie, Dieu est un fait. De la nue jaillit un éclair, un éclair éternel. L'Absolu est la nue, Dieu est l'é-
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clair, source de toute lumière. Cette lumière nous servira de flambeau dans la route qu'il nous reste à parcourir.
La doctrine de l'absolue liberté n'a guères dans notre système qu'une portée négative et critique ; ce que nous cherchons, c'est l'intelligence de l'univers, c'est-à-dire l'unité de l'univers ou, d'après les explications qui précèdent, l'unité de la volonté absolue qui pose l'univers. Notre objet dernier n'est donc pas Dieu dans le mystère de son essence ; notre véritable objet , c'est nous-mêmes et Dieu tel qu'il veut se manifestera nous, Dieu tel qu'il s'est révélé à nous et en nous.
Le principe absolu étant libre volonté, il peut à son gré vouloir ou ne pas vouloir, créer ou ne pas créer. Il est impossible d'annoncer a priori s'il créera ou s'il ne créera pas. Mais il a créé, il a voulu, c'est un fait; nous chercherons donc l'unité, le sens de cette création que nous connaissons en fait, en mettant à profit dans ce but et les lumières de l'expérience et l'idée de la liberté absolue dont nous sommes en possession.
L'absolu étant liberté , nous ne pouvons déduire aucune connaissance a priori relative à l'existence réelle, car tout ce qui existe n'existe que par son fait, parce qu'il le veut. Le monde dont nous cherchons l'explication n'est point nécessaire, ses lois universelles ne le sont pas davantage. Tout est en lui contingent, l'essence et l'existence; cela résulte
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évidemment de l'absolue liberté. Le monde pourrait donc ne pas être; en fait, nous savons qu'il est, nous en sommes assurés par notre propre existence, par l'expérience en général, qui se résume dans la conscience que nous avons de nous-mêmes. Toute perception se résout en conscience; le monde, c'est nous-mêmes et l'ensemble de nos perceptions. Mais que celles-ci soient interprétées dans le sens de l'idéalisme, ou que la nécessité pratique d'agir justifiant, s'il en est besoin, une conviction irrésistible, nous autorise à reconnaître la réalité des objets extérieurs, peu importe au but que nous poursuivons; l'idéalisme lui-même ne nous arrêterait pas. Nous sommes, nous le savons, et nous savons également que nous ne sommes point l'absolu, puisque tout en nous est limité. Il faut donc bien chercher ailleurs, dans l'absolu le principe de notre être , et comme, d'après ce qui précède, rien ne saurait être que par le fait de la volonté absolue, l'homme est un produit de cette volonté, dont il manifeste l'essence.
C'est donc l'expérience , l'expérience seule qui nous apprend que le monde existe; mais nous en connaissons a priori la nature, dans sa plus grande généralité du moins; nous savons que le monde est une volonté de l'absolu.
Nous demandons maintenant, et c'est ici que commence la science proprement dite, nous demandons en quoi consiste cette volonté.
Voici ma réponse : La liberté est une puissance
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qui se traduit par un acte. Les volontés de l'absolu sont ses manifestations, les formes de son existence. Il peut, à son gré, se déployer ou s'envelopper d'un mystère insondable, rester puissance ou exister. Il revêt les formes qu'il lui plait; à son gré il se dévoile ou se déguise, car il est ce qu'il veut. Eh bien ! dans le monde que nous connaissons en fait, dans l'acte qui crée et conserve le monde, il veut être ce qu'il est. Nous définissons exactement le monde ou nous sommes en disant : « le monde est la sphère dans laquelle l'absolue liberté se manifeste comme telle. » Cette assertion, "qui semble arriver un peu brusquement, ne dépasse pas notre droit. La définition du monde que je propose est contenue dans ce qui la précède. Comment en effet avons-nous été conduits à l'idée de la liberté absolue? C'est en cherchant à concevoir un principe qui ne puisse être que le premier, un être qui soit évidemment sa propre cause, c'est en combinant les notions d'être et de cause, plus généralement c'est en suivant méthodiquement les données primitives de notre intelligence. Nous croyons à la liberté du principe premier, parce que nous croyons à notre intelligence. Mais en partant d'un principe libre, sous quel jour nous apparaît notre intelligence ? Evidemment elle se présente à nous comme un effet de ce principe. Elle est ce que Dieu a voulu qu'elle fût ; ses lois sont des lois qu'elle a reçues pour arriver à des résultats que Dieu a prévus. Au point de vue de la li-