‹ La Philosophie de la LibertéChapitre 92 sur 103 · DANS LE MONDE L\\BSOLU SE MANIFESTE COMME ABSOLU · texte numérisé non relu

DANS LE MONDE L\\BSOLU SE MANIFESTE COMME ABSOLU

berté divine, les lois de notre pensée sont une révélation. En an mot, si Dieu ne manifestait pas sa liberté dans le monde, on ne pourrait pas trouver sa liberté dans notre raison, qui appartient à ce monde et qui en est la lumière ; or nous l'y avons trouvée.

L'absolue liberté fait donc acte d'absolue liberté, et le produit de cet acte est l'univers. Tout ce que nous connaissons n'est et ne peut être qu'un seul et même acte, nous l'avons vu; tous les êtres qui exercent quelque influence sur les autres ont été voulus ensemble et les uns pour les autres, car le créateur est un esprit infini. L'univers n'est pas tout entier raison, mais il ne s'explique que dans la raison. Pour déplacer notre terre du vrai centre, il faut plus qu'un Copernic, il faudrait constater l'existence d'êtres spirituels supérieurs à l'humanité. Le foyer des mondes est le cœur de l'homme, où Dieu parle. Nous exprimons l'unité immuable de l'univers en le définissant: la sphère où l'absolue liberté se manifeste comme liberté absolue.

Par ce mouvement de la pensée nous entrons dans un ordre entièrement nouveau. Nous passons de la science négative du possible à la science positive du fait; il ne sera plus question désormais de l'absolu dans son essence, mais de nous, et de l'absolu tel qu'il est relativement à nous. C'est ici proprement que nous aurions pour la première fois le droit de prononcer le nom de Dieu; car Dieu n'est

pas l'absolu considéré en lui-même , Dieu est l'absolu dans son rapport avec le monde, tel qu'il veut être réellement vis4-vis du monde. Notre idée se détermine et par conséquent se limite en quelque sorte ; mais cette limitation n'est point un abaissement; au contraire, on pourrait presque l'appeler un progrés. L'absolu, c'est la pure liberté, c'est-àdire la pure puissance, la perfection de la puissance — Dieu est la liberté se voulant elle-même, l'absolu se posant comme absolu. Ainsi nous quittons la métaphysique pour la théologie.

Notre métaphysique ne se compose que d'un seul travail: l'analyse de l'idée de l'être. Nous nous sommes demandé: comment faut-il déterminer l'être pour en concevoir la possibilité? et nous sommes arrivés à ce résultat: l'être est volonté, le principe de l'être est la puissance infinie de la volonté, la liberté pure. Il n'est pas possible que la nécessité de la pensée nous conduise plus loin ; car cette nécessité de la pensée ne saurait être que l'expression d'une nécessité des choses, laquelle, si nous

avons bien raisonné, n'existe pas. Nous avons pu dire a priori que si l'absolu veut, cette volonté est absolue, parce que cela est encore compris dans l'idée de la liberté parfaite. Mais cette liberté sortelle effectivement de l'état de puissance et se traduit-elle en acte? L'absolu veut-il quelque chose, veut-il être quelque chose? Cela, nous ne saurions le conclure a priori; nous ne pouvons l'apprendre

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