PRÉFACE XXI
Nous écrivons cette ligne à la fin du mois de mars 1870 *. Les prélats de la chrétienté romaine rassemblés au Vatican n'ont pas encore prononcé Infaillibilité de leur chef; mais tout permet d^espérer que leur décision affermira Tunité romaine. Pour le moment celle-ci paraît un peu compromise. Nos Seigneurs les évoques se chargent les uns les autres de la meilleure grftce du monde, dans ce style épais, méridional, où la métaphore et Tinvective ont remplacé la dialectique de Técole avec tant de profit pour l'autorité. La majorité du Condie est pour Tinfaillibilité du pontife, le peuple catholique était déjà persuadé qu'il doit y croire, et la logique du catholicisme l'exige : c'est le couronnement légitime de cet édifice spirituel où la spiritualité n'apparaît plus que comme un spectre à conjurer. De quoi s'agit-il en effet? — Du sacerdoce, de la hiérarchie, du problème de la certitude. Le catholicisme croit à la logique, dont il est fils. Il croit à la logique et il la comprend: la logique ne fait rien de rien; pour qu'elle donne des conclusions, il faut lui fournir des principes. Ceux-ci sont empruntés à l'Ecriture, au moyen d'une exégèse traditionnelle dictée par l'intérêt de la logique elle-même. L'Eglise, fondée par Jésus-Christ, est
1 Les grands événements qui ont apporté de nouveaux retards à Fimpression de ce volume n*ont rien changé à nos appréciations, auxquelles ils ont apporté plutôt des confirmations éclatantes. C'est pourquoi nous n'avons pas cru nécessaire de rien changer à notre préface pour la mettre à jour. — 27 août 1871.