PRÉFACE XXIII
Conciles; on l'avoue encore de part et d'autre; le débat actuel ne porte que sur la nature et la limite de Tautorité pontificale. Celle-ci forme un élément essentiel du système, puisque le St-Siëge est toujours occupé, tandis que les Conciles ne peuvent se réunir qu'à de longs intervalles. Ëh! bien, suivant la logique du catholicisme, la considération que nous venons de présenter est décisive dans la question. Elle entraîne Tlnfaillibilité personnelle. Autrement les dogmes de TEglise resteraient livrés à Farbitraîre des interprétations individuelles, les anatbèmes prodigués aux sectes anciennes ne préviendraient pas la formation de sectes nouvelles et les vieilles hérésies reparaîtraient habillées de mots nouveaux. L'unité ne serait plus garantie; et l'unité c'est l'EgUse, hors de laquelle point de salut. Il était dans la vérité catholique la plus rigoureuse, ce prélat qui s'écriait dans un sermon: < Dieu nous doit un infaiUible. » Il le doit, c'est bien le mot. Dieu n'est pas un maître absolu comme les franciscains l'ont enseigné, sans doute à très bonne intention, mais imprudemment. Suivons plutôt les dominicains et les jésuites, qui ont la vraie tradition: croyons en l'Ange de l'école. La toute-puissance divine est subordonnée à sa sagesse, et sa sagesse est la conséquence. Dieu peut se Uer, il est lié. U a promis le St-Esprit à son EgUse, il le lui doit. La divine onction ne saurait remplir que les vaisseaux
XatlV PRÉFACE
oonsderés par la main du prêtre ; et comme la promesse du St-Esprit deviendrait illusoire s'il n'avait pas un organe permanent, et si Ton ne savait pas où le trouver, Dieu n'est pas libre de ne point ordonner que Tinfeillibilité de Saint-Pierre ne soit proclamée, puisqu'il faut bien avouer qu'elle ne Test pas encore.
Nous disons Pierre et non Pie, parce que l'inftûilibitrté comprend l'immutabilité, de sorte que les décisions de l'fi^Use ont nécessairement une portée rétroactive. Mais ici les difficultés commencent. L'infaillibilité devient un fardeau bien lourd lorsqu'il s'agit de le porter devant l'histoire. L'infaillibilité du St-Siëge n'a pas . encore été définie par un concile; mais les papes la revendiquent depuis le commencement du Moyen-âge, et le public s'y est tellement accoutumé que les conservateurs catholiques paraissent aujourd'hui des nova- / teurs. Quand, en vertu de la grâce attachée à son
office, un pontife statue solennellement sur un point quelconque, nonobstant les décisions de ses prédécesseurs, que devient rinfaillibilité de Saint- Pierre? Le pape Honorius a été condamné solennellement par deux conciles, pour avoir soutenu, dans des lettres aux patriarches de l'Orient, que la volonté de Jésus-Christ était une. Cet anathème rappelé par les papes à diverses reprises a figuré au bréviaire romain jusqu'au XVI"^ siècle. A cette époque on l'en a retranché dans llntérôt même de