XXXII PRÉFACE
ces figures à la lettre, voit dans le Pape un Dieu sur la terre et n^a plus d'autre Dieu, qui croit en lui comme à Notre-Dame de Lourdes, à Notre- Dame de la Salette, aux médailles, aux amulettes, et à tout cet attirail idolâtre pour lequel il ne maar que ni d'explications ni de distinctions plausibles, mais qui n'en épaissit pas moins sur FËurope lea ténèbres* de la barbarie. Les princes et les berna propriétaires qui savent tout cela depuis longtemps, mais pour lesquels la question de vérité n'importe guère non plus, ont accepté et choyé le prêtre comme un gardien de leurs héritages. Ge luxe de grimaces pourrait finir par coûter un peu cher; l'église entend régner elle-même, le communisme est à la base de ses institutions, et ses initiés sont assez habiles pour se £aire comprendre de tout le monde quand ils voudront, de sorte que la petite maison court le risque d'être assaillie de plusieurs côtés à la fois.
La réforme a des allures décentes. Les peuples qui l'ont accueillie tiennent aujourd'hui le haut bout; il y d'excellentes raisons pour cela. Mais la réforme a-t-elle mieux satisfait que le romanisme aux conditions de son programme? d non, lui reste-t-il au moins plus de marge pour le remplir ? Un mot suffira 'Sur ces deux points, qui sont .dé||à singulièrement éclaircis.
PRÉFACE XXXITT
La Réforme est un retour au Christianisme primitif, originel; la Réforme est la négation de la tradition, la négation de l'autorité de TÉglise. Elle ne veut avoir et n'a qu'un fondement, c'est le Livre. La Bible contient toute la vérité et rien que là vérité. La dialectique cède à la grammaire et l'exégèse devient ^instrument de toute recherche. Une opinion doit être tenue pour vraie du moment qu'elle est énoncée dans quelque lieu des Ecritures, et le seul moyen légitime de la combattre consiste à faire voir que le passage allégué ne la renferme pas. Une idée quelconque est démontrée fausse par le fait qu'elle est condamnée dans la Bible ou que le contraire y est enseigné quelque part, et pour la maintenir, il faut trouver au texte un sens différent. Tout homme est l'égal de tout autre devant la Bible : c'est ce qu'on appelle le libre examen. Néanmoins la Réforme n'entendait point supprimer l'EgUse, elle a fondé des églises. Mais pour qu'un esprit sincère réussisse à former ses convictions suivant la méthode réformée, il est indispensable, évidemment, qu'aucup texte des Ecritures n'en contredise jamais un autre. Sinon la vérité détruirait la vérité. Demander, comme on l'a fait en désespoir de cause, que l'esprit affirme deux propositions contradictoires , les sachant telles, et sans rien tenter pour lever leur contradiction, ce n'est pas seulement le condamner à ^ l'immobilité, c'est exiger de lui l'impossible. L'accord
XKXIV PRÉFACE
des croyances ne saurait s'établir, TEglise se bfttir sur le fondement de la Réforme, si le texte sacré n'est clair, précis et concordant, au point de ne pré* senter jamais qu'ua seul et même s^is à tous les lecteurs de bonne foi. La Réforme est partie en effet de cette supposition, c'est ainsi qu'elle a pu se produire et condamner les hérésies. Mais l'histoire a fait voir jusqu'à quel point tout cela est artificiel. La Réforme n'est pas arrivée à se constituer dans l'unité, même un seul instant. La liberté des interprétations individuelles l'a brisée et tend à la fractionner toujours plus en une multitude indéfinie de dénominations. Les disputes, d'abord violentes, ont fini par se calmer ; les églises protestantes se reconnaissent les unes les autres, elles essaient même de se confédérer. Pour chacune d'elles c'est confesser clairement la possibilité d'entendre les textes autrement qu'elle ne fait, et comme le texte seul est infaillible, c'est reconnaître que sa propre doctrine n'est qu'une opinion sujette à l'erreur. C'est avouer soi-même, à la joie des papistes, qu'un texte infaillible sans un interprête infaillible ne donne aucune garantie d'unité ni de vérité. Et pourtant chaque secte n'a de raison d'être que l'opinion qu'elle représente, tout en la sachant douteuse. Elle est obligée de l'imposer à ses membres, elle ne saurait subsister qu'en limitant le libre examen auquel elle doit son origine : pour mieux dire, elle se compose uniquement des