‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 24 sur 86 · XXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE

souvent ils ont au moins l'air de se contredire, ce qui pratiquement est la même chose. Dès que la Bible est le seul fondement, la seule source et le seul juge, il n'y a pas à choisir en elle, il n'y a pas de versets plus importants les uns que les autres, il faut tout viser, tout mettre en œuvre, et l'on n'a pas même le droit de rester dans le doute sur un point dont la Bible a parlé. Aussi n'est-il point facile de se former une manière de voir véritablement biblique. Celles qui tiennent le plus à ce titre sont loin de le mériter. La théologie des réformateurs n'est point tirée de la Bible uniquement et sans secours étranger. Ils ont accepté le travail dogmatique de quinze siècles en abrogeant les décisions qui établissaient une autre autorité que l'Ecriture, ou qui de prime abord semblaient en contradiction avec celle-ci: mais que tout ce qu'ils ont conservé de cet héritage soit démontrable par les livres saints, que leurs systèmes religieux résument l'Ecriture sainte, sans en rien laisser en arrière et sans y rien ajouter, c'est une prétention insoutenable. Ainsi l'autorité absolue du texte ne supprime pas l'emploi de la raison individuelle. Chacun choisit dans la Bible les éléments qui conviennent à sa pensée. Avec la meilleure volonté de se soumettre, il est impossible que l'interprète vivant ne domine pas la lettre; la circonstance que notre opinion nous paraît ressortir des Ecritures ne nous en ôte ni le mérite, ni la responsabilité.

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