XL PRÉFACE
sur des problèmes posés pm* les «ntéeédents, que la tradition le domine en tout, qu'il en tire toute sa substance, et qu'en la transformant il la continue lui-même. Il ne saurait lui échapper qu'erreur ou vérité, le Christianisme, toujours mélangé, toujours obscurci, et d'autant moins cojitesté peut-^tre qu'il était plus défiguré, se trouve mêlé à tout ce qui existe chez nous ; que l'esprit philosophique, nourri dans l'Eglise, s'exerce encore aux problèmes posés par l'Eglise, et que lui-même, dans sa révolte, est encore un fils de l'Eglise. Le titre même dont il se pare ne dit-il pas éloquenunent que l'Eglise est sa raison d'être ?
Le moment vient où la protestation ne suffit plus ; l'esprit exténué sent enfin le besoin de prendre quelque chose, et le libre penseur tourne au philosophe.
Nous ne raconterons pas les vicissitudes de la philosophie, il suflBit de rappeler son programme. La philosophie veut être la science des principes, une science ciertaine, partant de ce qui n'a pas besom d'être prouvé, pour démontrer tout le reste. De quoi dispose-t-elle au début ? De la nature et de l'esprit, c'est-à-dire du phénomène, du représenté et des lois suivant lesquelles la représentation se constitue et s'ordonne. Impossible de rien ajouter à cela, impossible de passer plus loin sans enfreindre les conditions posées. Affirmer l'existence d'une cause première, c'est contempler hors de soi
PUÉFÂCE XU
la loi de son activité mentale, c'est se doubler, c'est renouveler l'illusion de la mythologie. Conférer à l'ordre moral une puissance réelle, c'est prendre son désir pour une preuve, c'est se désaltérer en buvant sa soif. La philosophie n'est qu'une poésie sur le retour, le dernier roman de la jeunesse. Vous en savez le dénouement: l'esprit moderne s'est amputé. Riche de ses sacrifices, il ne cherche plus qu'à tirer parti des phénomènes dont une expérience suflftsamment prolongée lui permet de prévoir la succession. Le problème des origines disparaît avec le problème des destinées. Ainsi le soleil résout la brume, ainsi le songe s'efface au matin.
Reste le problème de la vie. Il faut une bride aux passions, l'action des hommes les uns sur les autres réclame une loi. On ne sait pas trop à quoi sert la métaphysique, mais chacun avoue que la morale serait bien utile, si seulement on s'y conformait. Par bonheur, la possibilité de régler notre conduite n'est pas subordonnée à des convictions religieuses ou métaphysiques. L'indépendance de la morale sert de complément et de correctif au positivisme où l'esprit de ce siècle s'est arrêté. A ce titre tout pratique, cette thèse rajeunie mériterait quelque respect. Mais elle en ia d'autres. Le premier de tous, c'est qu'elle est vraie, non pas d'une vérité de fait, ainsi qu'on l'a dit, sans bien s'entendre, mais d'une vérité plus haute. Le dra-