‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 29 sur 86 · XLII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII PRÉFACE

peau de ridéalisme flotte encore sur ce dernier rempart. Il faut s'y rallier. C'est de là qu'il faut descendre pour reconquérir le monde, c'est de là qu'il faut s'élever pour retrouver Dieu. Dans l'ordre de la connaissance, à mes yeux, il est évident que ce qu'il y a de plus certain pour nous, c'est nousmême, que nous n'avons pas besoin de croire en Dieu pour sentir la différence du bien et du mal, et qu'indépendamment de toute autre chose , ce sentiment est un lien aussi bien qu'un mobile, tellement que l'athée et le dévot sont également obligés. En tout ceci nous adhérons à la morale indépendante. Mais si l'on n'arrête pas le mouvement naturel de la pensée juste à ce point, par un acte de volonté souveraine, on se demandera comment l'idée morale pourrait nous obliger eflfectivement, si elle ne répondait à rien dans l'ordre universel, et n'était après tout qu'une particularité psychologique? La question n'est point oiseuse, elle devient pratique et pressante lorsqu'on a constaté que le vrai sentiment du devoir n'est pas si commun, que les hommes sont fort éloignés de se respecter toujours eux-mêmes, et rarement disposés à reconnaître sincèrement et sans contrainte au voisin le même droit qu'ils s'attribuent N'accorder d'autre fondement à la morale que le fait accidentel de cette inclinaison de l'esprit chez certains privilégiés, c'est à la fois, semble-fr-il, la rétrécir et la compromettre. Gomprend-on bien,

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